LAURÉAT(E)S Jeu-Concours 2003
"L'ÉTRANGER"

étranger

 

Sous les crocs empressés d'un monde de raison
l'enfant s'est inventé un cachot en douceur
qui le berce à jamais sans soucis ni rancœur
et le rend insensible aux peurs et aux saisons.

A nos futilités il répond oui et non
ou l'onomatopée que les vents lui inspirent
pour essouffler d'un rien notre besoin d'agir
et baver au soleil alors que nous peinons.

Mais à tout refuser, le voici ignorant
des parfums de l'amour aux labeurs de la vie
jusqu'au rire amitié… il reste indifférent.

Ne souffrant d'aucun rêve et brûlant sa mémoire
savourant son exil comme seul exutoire
l'autiste est, sans partage, étranger à la vie.

ESCUDERO Caroline



Fragment
Éclaté
D'un bloc
Noir
Ta légèreté
Te fait découvrir
Le mouvement
Tu es séparé
Du minéral
Qui prend sens
Sous les coups
Du sculpteur
Tu côtoies les éclats
Tu restes nostalgique
D'une appartenance.

SCHOENFELD Marie-Anne



J'AI QUITTE MON PAYS

J'ai quitté mon pays, mes parents et mes frères
j'ai quitté mon pays par l'issue de secours
comme un cambrioleur surpris par la lumière
et dont le cœur se met à cogner à rebours.

J'ai quitté mon pays, c'était à peine hier
pour remonter un fleuve aux sources inconnues.
Ma gorge s'est nouée comme une écharpe amère
ce jour-là je crois bien que chez nous il a plu.

J'ai quitté mon pays en brisant les frontières
et sans savoir que j'en mourrai toute ma vie.
Les yeux chargés de cette étonnante lumière
qui brunit à jamais les gens de mon pays.

J'ai greffé sur ma voix une langue étrangère.
Chaque mot y surgit comme un déchirement,
une balafre noire au ventre de ma mère
qui ne s'effacera jamais entièrement.

TINOCO-VILCHEZ Manuel


Mentions spéciales :


L'ÉTRANGER

Je n’avais ni ses yeux, ni sa voix, ni son pas,
Et comme dans un miroir, nous nous sommes rencontrés.
Il m’a donné mon nom, mes rêves, mes feux de joie
Et a banni mes peurs, mes larmes, mes frontières.

Ô ce fruit défendu, ô cet autre moi-même !
Ami, ne me condamne pas si j’ai franchi le pas
Qui mène vers sa lumière !
Loin des guerres qui grondent,
Loin de ce temps où je n’étais qu’une ombre,
J’inscris, tout au fond de ma chair,
La force du lien
Qui féconda mes jours.

MARIN-ZETTELMEIER Agnès


étranger

 

L'ÉTRANGER

Là, mine de rien
dans ce reflet quotidien,
ni tout à fait vôtre
et non plus tout à fait mien,
n'y voit-on pas quelqu'un d'autre.

DESCÔTEAUX Diane



L'ÉTRANGÈRE

Les escaliers dansaient sous ton pas léger
Je voudrais prendre ce départ
et combler le silence
sans te rendre à ma nuit.

Je suis né de cet autre visage.

VINCLAIR Pierre