LAURÉAT(E)S Jeu-Concours 2009
"L'Arbre "



La complainte de l’arbre

 

Si tu n’as pas de faim

Pour le fruit que je donne

Si tu fuis le jardin

Où mon ombre foisonne

Si la pluie que je chante

Succombe aux écouteurs

Aujourd’hui, seules plantes

Au désert de ton cœur

Alors, dis-moi comment

Mes feuilles et mon écorce

Diront à tes enfants

Le secret de ma force

Je ne  serai pour eux

Qu’allumette à craquer

Bien triste part du feu

Pour avoir éclairé

 

 

Marie ROUGEMONT

____________________________

Bonsaï

 

Petit arbre martyr, compassion sincère

Pour toutes les souffrances qui te firent arbre nain,

Cependant tu ramènes, dans mon petit jardin ,

L’image d’une forêt plusieurs fois centenaire !

 

Ton environnement avec soin distribué,

Montre bien que c’est toi le clou de ce spectacle,

La poterie précieuse qui sert de réceptacle,

A la motte cramponnée comme au noyé sa bouée .

 

L’anorexie forcée où tu es maintenu,

Est, avec ta structure, sauvagement twistée,

Les éléments qui font, avec l’âge avancé,

Paradoxalement, chez toi, la plus value !

 

Ainsi ce qui chez l’homme est cause de souci,

Participe ici à l’ultime splendeur,

Dans la perfection de l’objet de valeur,

De la chose accomplie, Bonsaï mon ami!

 

Alain Bobinec


___________________________________________

Filiation

 

Tu n'as pas étendu

de branches caressantes

au-dessus de ma tête :

        - Tu ne le pouvais pas.

 

Tu n'as pas soutenu

mes racines légères

s'arrimant dans la terre :

        - Toi, tu n'en avais pas.

 

J'ai poussé solitaire,

étranger à ton bois,

éperdu de lumière,

le tronc tourné vers toi…

 

Les années ont passé,

ton  fruit s'est transformé…

Vois ses feuilles bruissantes

paillant ton faible pied !

 

Michèle Pettazzoni



Mention spéciale


L’arbre aux souvenirs...

 

L’arbre aux souvenirs a perdu plus d’une feuille

Petit à petit elles sont parties en deuil

Au gré du vent, au gré des ans disparaissant

Le laissant le regard vide tout grelottant

 

L’arbre aux souvenirs a perdu plus d’une branche

Petit à petit elles sont parties en planches

Qui flottent dans l’azur sans port d’embarquement

Fantômes du passé, oubliées du présent

 

L’arbre aux souvenirs a perdu toute sa tête

Tristement sans bruit, elle est tombée en miettes

Et les bribes de sa vie qui restaient accrochées,

Nectar gorgé de miel, sont elles aussi tombées.

 

L’arbre aux souvenirs n’habite plus mon ancêtre

Il l’a quittée doucement; elle a cessé d’être

Perdant la mémoire, confiante elle sourit :

Dans le jardin d’Eden son arbre a refleuri.

 

Christian CAUGANT