LAURÉAT(E)S Jeu-Concours 2001 "LES LIENS"


LIEN


Que me manque ma terre
dont un jour m'arrachèrent
un tonnerre de feu
et le sang de mon père

Que me dure le temps
de l'exil et du deuil...
Dans la cendre encore chaude
que reste-t-il d'avant?

Seul un mince fil d'or
me suspend à la vie
l'espérance fragile
de prendre mon essor.

pour retrouver un jour
la terre d'Albanie.

Albana KUDRIC
LES LIENS

A trop frotter la chanterelle
de mon cher violon
elle finira par sangloter

A trop tirer sur la ficelle
de ma vie-bidon
elle finira bien par casser

A trop chatouiller
la bretelle de l’accordéon
il finira par déchanter.

A trop asticoter Marcel
dans son beau camion
il finira par me plaquer.

Marinette DRAC


Robuste chaîne
Par les saisons éprouvée
Nos doigts enlacés.

Dominique CHIPOT


REGARD

Se taire : une mort.
Plus tard la souffrance s’apaise, il y a une fenêtre.
Le jour.
Est-ce l’espoir ? Je peux refermer la porte, doucement
pour ne pas déranger ton image.
Je sais qu’elle ne s’en ira pas,
que tu seras là, toujours, si je l’ouvre, inclinée, absorbée
que tu ne verras pas mes yeux, fixer cet instant :
l’embrasure étroite comme la vie,
où, par avance,
tu restes pour moi gravé
dans le silence de la mémoire.

Tu marches dans ma mémoire.
Tu marches, tu viens à ma rencontre.
Chaque jour je traverse cette ville,
chaque jour j’ai peur
de ne plus te revoir, de rester seule,
sans plus rien qui commence,
perdue dans le souffle arrêté du matin.

Karine DURUISSEAU
(Prix spécial du Jury)