LAURÉAT(E)S Jeu-Concours 2010
"Le silence "



Persévérance

La feuille se détachant de l’arbre m’a brisé

mais je suis plus éloquent que l’automne

 

Le chuchotement des amoureux m’a troublé

mais je suis plus résistant que l’amour

 

Le tonnerre m’a interrompu

mais je suis plus puissant que la foudre

 

Le roulis des vagues ne me laisse jamais en paix

mais je suis plus vaste que l’océan

 

Je suis la langue de l’univers

qu’aucun Babel ne peut abattre

 

parlée par les planètes

articulée par les étoiles

 

Je suis le silence.

 

Diana SI

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Chut …

 

Les ombres tourbillonnent

s’enroulent sur elles-mêmes

au ciel qui se griffonne

au soleil, en bohème,

Les allées du cimetière

s'alourdissent à la nuit

et s'envolent les prières

entre les parapluies,

Le pas lourd du silence

ruisselle sur les visages

Les feuilles mortes dansent

liant le temps, les âges,

Chut,

Chut,

    Chut

 

Sandrine DAVIN


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La langue des signes

 

L'enfant n'entend pas le chant des mots

 

Mais de ses mains qui dansent

Il défait les mailles du silence

 

L'enfant n'entend pas le chant de l'eau

 

Mais de ses mains qui dansent

Il  jette au loin le filet du silence

 

L'enfant n'entend pas le chant des oiseaux

 

Mais de ses mains qui dansent

Il efface les empreintes du silence

 

L'enfant n'entend pas le chant des roseaux

 

Mais de ses mains qui dansent

Il tisse le tulle azuré de l'espérance.

 

Claire-Lise COUX



Mention spéciale


L'étude du silence

 

la nuit j'étudie le silence

il n'est jamais le même

il varie d'une nuit à l'autre

d'une saison à l'autre

 

les silences de l'hiver accompagnent

la cadence lente des vies retenues

 

ceux de l'été boivent aux fontaines de l'amour

et se nourrissent de l'attente

 

ceux de l'automne plient dans la cambrure

des arbres où les fruits ont mûri

 

ceux du printemps ont le frémissement des bourgeons

et le rouge aux joues des enfants

 

la nuit j'étudie le silence

je le retiens jusqu'au poème

qui naîtra avant l'aube

dans un cri de lumière

 

Françoise URBAN-MENNINGER

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Le silence dehors, le silence dedans

 

Le temps s’est arrêté sur un livre d’images

Un moment écorné en absence de vie

Les lunettes posées gardent encore la page

Du dernier souvenir qui prépare la nuit.

 

Le souffle du matin qui n’a plus rien à dire

Retient le clair-obscur d’un instant silencieux

Et la bougie se meurt dans ses larmes de cire

En attendant en vain un renouveau précieux.

 

C’est un coin de regret, un moment de douleur,

C’est le vide pesant d’un regard effacé,

Pourtant sur le parquet gît comme abandonnée

Une clé qui délivre et relance les heures.

 

Le temps s’est arrêté sur la dernière page

Espérant que la main animée de douceur

Reprenne la lecture du tout dernier passage

Les aiguilles filant au rythme de son cœur.

 

Catherine HIRZEL