LAURÉAT(E)S Jeu-Concours 2012
"L'empreinte "


 

Homme, ton empreinte...

 

De celle de tes doigts

Sur les parois noircies,

A celle de ton pas

Sur l’astre de la nuit,

 

En tout lieu, de tout  temps,

Tu as marqué ton passage,

D’un signe, d’un monument,

D’un nom sur une page

 

Ton empreinte, aujourd’hui,

Des gestes un peu moins sages.

La Terre te subit,

Tu changes son visage.

 

Veux-tu que tes enfants

Ne trouvent en héritage,   

De ce monde vivant

Que de simples images ?

 

Martine MERCADIER

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De Gorée

 

Il est une maison, d’ocre et de rose, peinte,

Vibrant dans la splendeur d’un soleil indécent,

Malgré la violence de la mer rugissant,

L’on y perçoit parfois comme une étrange plainte.

 

Une honte vivace a laissé son empreinte,

Le cliquetis des chaînes aux chevilles en sang,

Le claquement du fouet, métronome incessant,

Sur le mur cette trace, une larme qui suinte.

 

Des rives du grand fleuve aux plus sombres forêts,

Guerriers mandingues peuls ont été capturés,

Razziés par les leurs avec sauvagerie.

 

Griot, racontez-nous pour ne pas oublier

L’effroi du Bois d’ébène encaqué par milliers

Dans l’enfer exigu de cette esclaverie.

 

Marie-Claude GALLOYER
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L’empreinte des ans

 

Elle paraît bien petite, comme tassée sur elle-même,

Son visage penché, elle semble s’être assoupie.

Elle n’est pas la seule, les autres sont comme elle,

D’apparence insensibles aux passages et aux bruits.

Le beau salon télé de la maison de retraite,

Ouvert sur un grand hall et donnant sur l’entrée,

Est clair et lumineux, même au creux de l’hiver.

Mais l’heure est au repos, après le déjeuner.

 

L’animatrice souriante, arrive et propose :

« Si l’on faisait un feu dans la belle cheminée ?… »

 

A peine les flammes dansent que tous les yeux pétillent.

Adieu l’empreinte des ans et bonjour la gaîté,

Le feu, comme par magie, a redonné la vie.

On égrène les souvenirs, on parle de tout de rien.

 

Et la toute petite femme, toute ragaillardie

D’une voix claire, joyeusement demande : Est-ce l’heure du goûter ? »

 

Claude OLIVAUX

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