34 Rencontres avec "LES LIENS"


Un cou chaud
souple et rond
doré
or

Si froide
une chaîne d’or
l’entoure

Dans l’ombre scintille
l’or
et tremble la médaille.

Janine ASSIÉ


CONNIVENCES

Dans la rue, sans rougir, elle livre son visage aux passants,
qui, soudain dans la lune, sortis de leur eau quotidienne,
perdent la minute, s’affolent et se retrouvent loin devant,
rebordés de plaisir et d’inquiétude.

Au premier feu rouge, elle attend que cette douleur la quitte,
ce n’était pas un point précis, mais du côté gauche,
comme une reprise, pour l’exorciser,
Véronique se récite la mouche, l’oiseau, le soleil levant, l’épine rouge.

Le camion du laitier a fait un long détour pour la prendre,
le ciel s’est drôlement bien lavé ce matin,
Véronique fait briller sa peau juste assez.

Autour de son pull, sans effort de part ni d’autre,
l’avenue s’éclate et pour une longue journée
de nouvelles amitiés l’attendent.

Rémy BATAILLE

LES LIENS

Ruban de soie bleue…
Elle a pour lier mon âme
défait ses cheveux.

Anick BAULARD


DES LIENS

Des lettres
quelques lettres
que l’on relie entre elles
et qui prennent des ailes
pour former un mot.

Des mots qu’on lie entre eux,
qui en phrases s’assemblent
pour former une lettre
qui un peu nous ressemble,
ou peut-être un poème
qui prend aussi des ailes
et vole dire «je t’aime …»

Doux liens si capiteux !

O suprême richesse,
ce lien si résistant
qui entrave le temps
et garde la jeunesse
en ses premiers printemps.

Qui donc le trouvera ?
Faust le cherchait déjà …

Guy BAYARD


A PERPETUITE

Pour le pillage de tes yeux…
pour le hold’up de tes aveux …
pour l’extorsion de ton sourire …
pour le cambriolage de tes soupirs …

«condamné ! condamné !» crient les jurés !
au milieu du tribunal esquissé.

Terrible verdict
qu’un juge invisible édicte.
Lourdes menottes
dans lesquelles mes mains tressautent.

Puis les barreaux
les stupides travaux.
Aux pieds les boulets.
Amoureuse à perpétuité ! ! !

Carine BLEDNIAK

LIENS

Toi soleil
moi neige
toi Egypte
moi Suisse
toi moi loin
toi moi liens.

Bernadette BODSON

Drôles de liens,
maillons de vie gâchée
cliquetis de coeur brisé,
enfance aboutie dans de froids bracelets.

Drôles de liens,
montée d’adrénaline,
petits larcins, grosses bêtises,
ultime déviance, manque d’enfance.

Drôles de liens,
ces chaînes relient l’autorité
à la délinquance,
la force à l’impuissance.

Drôles de liens,
sang battant les poignets,
larmes qu’on ne peut essuyer,
menottes d’adolescence !…

Ghislaine BRICOUT


Lettres & sutures           amants d’un soir
                                         se nouent,
                                         s’enlacent
                                         jouent du désir.

plaies & icônes               risques, ratures
                                        forment une chaîne
                                        s’épousent et dansent.

bords & falaises            torsades, blessures
                                       mots qui défaillent
                                       et se disloquent

chair & esprit                miroirs, mensonges
                                       lieux intenables
                                       et faims qui durent.

stries & fissures           traits et trouées
                                      allers-retours
                                      vers l’impossible.

Pierre CHARLAND


MON PAYS

Je ne sais pourquoi je m’attache au pays.

Le sang de mon père, coulé sur la terre
à force de vouloir protéger ses petits,
ou bien peut-être cette douce lumière,
toute froide et cruelle, décapitant la Nuit ?

Ou bien les doigts brûlés de ma mère
et ses robes déchirées,
peut-être le bleu immortel
qui contournait son regard,
peut-être même ses lourds baisers,
qu’elle n’oubliait jamais en rentrant tard le soir.

Je ne sais ce qui me retient en ce pays,
je voudrais le prendre comme lui il m’a tout pris,
mais je voudrais le fuir pour mieux le haïr,
je voudrais me venger des liens qui m’unissent à lui,
et pourtant je continue à le regarder, et à l’entendre rire.

Amélie COUGNON


MON VILLAGE

J’ai retrouvé ce soir mon village d’enfance
Sson fin clocher pointu qui domine les toits
Avec ses tuiles vernies lui donnant élégances.

Il est comme un berger à l’ombre des grands bois
Surveillant son troupeau à la folle insouciance,
Au pied coule la Saône et défilent les mois.

J’ai pour lui dans le cœur une infinie tendresse,
Les ans qui ont tissé entre nous tant de liens
Font que je suis pour lui tout comme une maîtresse.

Je connais tout de lui : ruelles et vieux murs,
Fermes abandonnées dans toute leur détresse,
Vieux puits caché de lierre où l’eau est doux murmures.

Grands arbres oubliés aux légères ramures
Où les oiseaux se perdent au sein de vos ombrages,
Je vous retrouve enfin après tous mes orages …

A.M. DELAUWARDE


LES LIENS

Ficelle blonde pour gerbe d’or,
ou ceinture céleste pour ange noir…
Tendre attache du jardinier
pour sa rose préférée…
Fils aériens de l’araignée
où brille une goutte de rosée…
Cordon qui relie la mère à l’enfant,
lien provisoire, lien de mémoire
ou lourdes chaînes du prisonnier
qui entravent sa liberté.

Esperluette ou conjonction
que choisir pour une belle liaison ?

Rose DURUSSEL


LIEN ORIGINEL

C’est le cordon de vie, mon amour, mon enfant,
C’est un lien si secret et si fort à la fois,
Ces trois vaisseaux entrelacés et palpitants
Sont les gardiens de l’espoir pendant neuf longs mois.

Ma joie aussi bien que ma peur sont immenses,
De mon ventre tu émerges comme une île
Je ne sais où je finis et où tu commences,
Entre toi et moi la frontière est fragile.

Mais à la fin de cette aventure unique,
Dans les cris, le sang, la douleur et l’émoi
Ce cordon coupé rompant le lien magique :
Tu nais et alors nous sommes deux, toi et moi.

Pourtant l’écho ténu de ce lien charnel
Résonne toujours en nous comme un ultime appel !

Françoise ESCARRAT-PIERRE


VIENS !

Quand bientôt nous retournerons au jardin
et que ta jupe dansera avec le feuillage
tu me conduiras doucement au bassin
pour m’initier à de nouveaux rivages.

Libres, nous suivrons les extraordinaires bateaux
que guident des enfants encore maladroits
tandis que, coulant tes mains sur mon dos,
tu sauras, toi la reine, moi le roi

qu’après tout l’important c’est le lien
nom d’un chien
c’est le lien !

Là-bas, là-bas, les merveilleux liens …

Pierre GAUER

Si dures sont les frontières
Si délicats sont les regards.
Fragile, l’humeur tempête
ou s’apaise
Brutale, l’émotion
s’affirme.

Si tendre, ce lien
libre et éternel
tient la barre
pour ne pas perdre
l’estime
qui leur sourit.

Bénédicte GINIAUX


LES ARMURES DE COTON

Les armures de coton
Cantonnent nos corps
Corrompus.

Chairs dévoilées
Mains volages ;
Vol de plaisir à l’étalage.

Entre décadence, déraison
Et amours d’un temps,
Balancent les armures de coton.

Etreinte sauvage impossible ?
A aucun instant
Je ne te dirai
De les déchirer.

Alexandra R. GOUZE

Saison des tâches de rousseur
dernier éclair de soleil
et l’églantine a taillé
du tranchant de l’espoir
sa verte chaîne pourtant si souple
envol de papillon
aux ailes de feuilles mortes
saison des liens éventés
frileux instants de liberté.

Marie LECOUSTEY

LE MAL AIMANT

Oublier mes peurs
oublier mes hontes
Puis aller à vous
cesser de vous dévisager
pour vous toucher
cesser de vous idolâtrer
pour vous goûter
vivre mes envies
vivre mes passions
approcher, approchez !
Vous verrez, je verrai
comment je peux vous aimer.

Sylvain MEZZAROBA


Il est passé ce temps où on liait les blés
D’un brin de paille rousse échappée du gerbier.
En ce temps-là, les mères nouaient leurs tabliers
D’une coque coquette et d’un geste oublié.

Pourtant de ces années nous gardons la mémoire
Vieilles photos jaunies, mystérieux grimoires.
Au fond de nos greniers se cachent des histoires
Que nous retrouverons, peut-être, quelque soir.

Et ce fil invisible qui nous lie à nos pères
Gardons-nous de le rompre, tenons-le au contraire,
D’une poigne solide, et quand il sera temps,
nous en ferons présent à nos petits enfants.

Ulricka NABAD

LIEN NOIR

Femme noire, noire exprès, comme rouge est le sol,
Mon désir décalqué s’aiguise à ton profil.
Femme noire, noire tu passes, lente et d’un pas mol,
par mon désir couché, droite comme le mil.

Aux faucons, aux anciennes étreintes, je te mendie.
Et tu tombes en flamèches éteintes d’un incendie.

Daniel NEVEU


LES VILLES INVISIBLES

Les noms des habitants
sont les mêmes
l’accent
dans leurs mots
jusqu’aux traits
dans leur visage

Les dieux demeurent
et les villes reliées
          par le fil.

Ailleurs est un miroir à l’envers
le voyageur y reconnaît
           le peu qui est en lui
découvre
           le reste qu’il n’a pas vécu.

Donner à voir
ce qui voudrait rester dans l’ombre

Donner la voie
d’une voix plus vive que la voix des vivants.

Agnès OLIVE


LIAISON EN TOUTES LETTRES

Sur le fil des mots,
lignes dédiées,
lignes déliées.

Lignes lieuses,
liasse de lettres.

Traces d’encre,
tresse d’affinités.

Accoutumances entrelacées.

Correspondance.

Françoise PARAN


TRÉSOR

Fidèle
avec de grandes L

Avec toi,
ailleurs et ic I

Amour, amitié
que ferai-je sans E

Ne plus te quitter
ne plus connaître la N

Sandra PIETTE


LES LIENS DE L’ABSENCE

J’imaginais une femme au giron chaleureux,
Des bras, refuge où lover mon enfance à consoler
Le visage inconnu d’une grand mère attendue.

Et pourtant, jamais elle ne fut au rendez-vous
les confitures à savourer aux longues vacances d’été
les week-end impromptus aux langueurs argentées
les petits mots d’attente et les jeux surprises
jamais n’auront existé.

Et son mari, le complice,
le grand père rude au masque de tendresse,
le fabricant de jouets, de bateaux à voguer,
il aurait été le magicien de l’espoir.

J’aurais pu être avec eux, parfois,
j’aurais pu devenir moi,
une petite fille espérée, une petite fille riche de joies,
mais lorsque je suis née, ils n’étaient déjà plus là,
emportés par le flot des innocents, larmes au vent.

Mireille PODCHLEBNIK

LIENS


S’aimer
S’éprendre
Se prendre

Se souffrir
Se haïr
Se détruire

Se dégager
Se délivrer
Se libérer

D’abord
Personnels
Réfléchis
Avant d’être
Réciproques

François PRUD'HOMME


LIENS

Hôpital, chambre 3
et ta vie qui s’en va jaunie comme une feuille
et ton regard bleu roi
qui en garde le seuil.

Partir, attendre…
Derrière la vitre, tendre
un signe de ta main,
dessous tes traits défaits
l’enfant que tu étais
et que tu m’offres à voir,
en dernier au revoir…
Tu sais !

Evelyne SIDIBÉ


LIEN


Il est écrit
sur les lignes de ma main
qu’il croiserait un jour
mon destin.
Que son regard,
couleur de miel
se poserait sur le mien.
Que ses sourires adouciraient
mes petits matins…
Il est écrit
sur les lignes de ma main
que les pétales de roses séchées,
les petits bouts de tout et de rien
de notre quotidien,
créeraient tendrement ce lien …

Safae SIJILMASSI IDRISSI

D’UNE SECONDE A L’AUTRE

Dans les lignes de ta main
se noue ton destin
que patiemment
le temps
seconde après seconde
défait sans plus d’effet
laissant en notre mémoire
des bribes de notre histoire.
Simples instants qui nous gardent vivants,
pas encore vieux mais déjà plus peureux.

Gérard SONIVAL


Trois gouttes de rosée sur une joue embrumée
L’âme du monde tisse la trame
des existences à jamais croisées, décroisées
dans l’espace infini des possibilités.
Le grand tissu du temps
volette en rideaux de souvenirs.
Quand, des fenêtres grandes ouvertes
basculent toutes les certitudes
et que les vieilles tasses d’hier
s’ébrèchent au bord de l’habitude
la petite larme de tes cils
s’évapore au vent un instant immobile.
Regards et pensées, tous les liens invisibles
modèlent l’indicible :
D’une vie à l’autre, tout peut recommencer.

Isabelle TESTU


L’AUTRE

Dis-moi quel est ton rire ou bien quelle est ta voix
Tes mots me sont si chers, éblouissant mon cœur
D’une langue natale ou d’un parfum d’ailleurs
Ma peau brûle du feu que le soleil t’envoie.

Entends-tu certains soirs le muet cri que j’envoie
Aime-moi, pense à moi et panse ma douleur
Ton âme sur ma vie ta chaleur sur ma peau
Je ne tourne personne, et pourtant tu es là.

Je frissonne à tes yeux je résonne à ton être
Toi soleil de ma nuit évanescent parmi
Des champs d’étoiles éteints, des doutes, des peut-être.

De tes douces idées, je me suis endormie
Et sans t’avoir connue je puis te reconnaître
Ton souvenir est là … l’autre, toi, l’Ami !

Katarzyna TRYLINSKA


FI DES LIENS

Arrête toi la Terre !
Je veux descendre,
ôter mes liens
visiter librement
plus haut
plus bas
plus loin.
Cueillir à pleines brassées
les couleurs naissantes
et m’y enfouir toute.
Visiter à mon rythme l’infini
dans la conscience d’être enfant de l’univers.
Croquer les pommes bleues
des jardins de Neptune.
Le soir venu, si toutefois soir il y a,
me baigner nue dans une mer lactée.
De temps en temps, peut-être,
je penserai à toi
avant de m’endormir au clair des lunes
de Jupiter,
libre, libre, libre !

Christiane VERLON


Plus de larmes
Plus de haine
Séchons nos yeux
et courage
Des voix se lèvent
et les visages
disent
plus jamais
ces jours lointains.
Plus de souffrance
plus de venin.
Ayons confiance
Renouons le lien.

Patrick VILLAIN


MON PÈRE

Mon père
nomade de l’esprit
tu as couché à jamais
tes rêves sur l’établi,
et fermé
le lourd rideau de fer gris.
Dans un ciel irisé après la tramontane,
l’azur pleure cette grise trame.
La rue où tu es né demeure,
ses volets résolument fermés.
Sur cette terre aride, entre figues écarlates et kakis qui éclatent, l’amandier porte aussi des fruits amers…
Tes petits yeux noisette sont clos, mon père.
Je dilue nos souvenirs futurs ou passés,
dans la certitude de nous retrouver.
en parcourant ma conscience
plus que jamais,
si présent par ton absence.

Valérie VIVES


LE LIEN

Cheveux bleus sinueux de la mer
qui me mènent vers toi,
Dis, Grand-mère
Pourquoi as-tu quitté ton île ?

Terre moutonnant dans l’azur,
fraîches cascades qui serpentent dans l’abîme,
Dis grand-mère
Pourquoi as-tu quitté ton île ?

Cette ancre jetée au fond de ma poitrine
dès que je l’imagine
Ile, notre Ile
où je ne suis pas née, où tu n’es pas morte.

Que la vague m’emporte
si je ne revois pas, au moment où j’arrive,
Souriant dans la lumière qui tremble,
ton visage dans le mien.

Agnès ZETTELMEIER


SOUS LE SIGNE DU LIEN

Je n’aime pas les liens qui lient
j’aime les liens qui relient.
Lis-moi, lie-moi attache-moi
au cerf-volant de tes désirs gantés de lilas-lierre.
Sois ma reli-gion bleu-doré mon hostie étoilée.
Ensemble destination voie-lactée !
Programme nu de nos années lumières
Cueillir des fleurs de lune
sur Saturne ou bien Neptune
pour en étoiler les humains de la terre.
Nos mains ne font plus qu’une main commune - tu m’aimes -
Bohèmes
On va se faire toutes les galaxies
D’un fou-rire, elles ont toutes dit Oui !
Vis-moi, douce-moi, le monde est nu comme une caresse !

Laurence ZIELINSKI

haut de page