CONNIVENCES
Dans la rue, sans rougir, elle livre son
visage aux passants,
qui, soudain dans la lune, sortis de leur eau quotidienne,
perdent la minute, s’affolent et se retrouvent loin devant,
rebordés de plaisir et d’inquiétude.
Au premier feu rouge, elle attend que cette
douleur la quitte,
ce n’était pas un point précis, mais du côté gauche,
comme une reprise, pour l’exorciser,
Véronique se récite la mouche, l’oiseau, le soleil levant, l’épine
rouge.
Le camion du laitier a fait un long détour
pour la prendre,
le ciel s’est drôlement bien lavé ce matin,
Véronique fait briller sa peau juste assez.
Autour de son pull, sans effort de part
ni d’autre,
l’avenue s’éclate et pour une longue journée
de nouvelles amitiés l’attendent.
Rémy BATAILLE