VOIX DE NEGRIER
Il ferme les yeux et ne ressent
rien. Il n'est pas heureux, comme absent, lointain.
Près du géant blond, second dans la scène, il entend son nom,
clameurs dans l'arène !
Il a couru si vite, l'homme de couleur, comme dans une fuite,
écoutant son cœur.
Il est le vainqueur, il est le premier, fonds de cales, odeurs,
voix de négrier.
Il est étonné, pourquoi ces bravos ? aux siècles derniers, des
chaînes, un bateau.
On frappait des mains, c'était sur leur corps, atroce destin,
cris, dégoûts et morts !
Noir américain, il est adulé. Ils étaient des chiens, voix de
négrier.
Les coups de triques, il y pense si fort, les mêmes visions
tragiques défilent encore.
Sous sa peau d'ébène, balance son cœur, des voix si lointaines,
des cris de terreur.
Horreur et nausées, il y a bien longtemps, voix de négrier quand
coule le sang. Il ferme les yeux et n'entend plus rien. Un ciel
douloureux ruisselle soudain. Aux Jeux Olympiques, il fut le
premier, le fils d'Afrique au cœur déchiré.
GIRARDI Daniel