30 Rencontres avec "L'étranger"


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EXERCICE DE CONJUGAISON : ÉTRANGER

          Verbe du premier groupe
          A l'imparfait de l'indicatif
J'étrangeais ? point.
Etrangeais-tu ? te demandait-on ?
Il n'étrangeait pas, mais étrangeait-elle ?
On étrangeait tous, plus ou moins …
Non, non, nous n'étrangions pas !
Ailleurs, ils étrangeaient tous !
Ici, elles n'étrangeaient pas toutes !
Eh ! l'étranger
(nom commun à tous)
Arrête-toi !
Conjuguons ensemble …

ASSIÉ Janine


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L'ÉTRANGER

Chassé par la grisaille des forêts d'humains
Enraciné à des chaises sous un soleil de néon
A pas de floraisons
Entre le rire des fleuves et les aboiements des nuages
J'ai quitté mon ciment natal à la recherche de prairies joyeuses
Où les sirènes de jardins étendues sur des nids de pétales
Ensorcellent encore les cœurs des marins
Naviguant comme moi à la suite de poussières
Dans un train sans roues
Tiré par les étoiles
Étranger de langue et de rêves
Ayant comme seule gare le ventre des montagnes et l'écorce des arbres. Partout où je vais,
je suis ce visage sans nom
A la recherche de sourires pour suspendre à mes lèvres.

BAUÇAN Féandre


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L'ÉTRANGER

Le cul entre deux chaises
et le cœur en malaise,
           il déambule…

Les pieds entre deux mers
le rêve entre deux terres
           il funambule…

La vie entre deux cartes
la nuit entre deux squats
           il nous dérange…

Les mots entre deux airs
l'âme entre deux prières
           il s'en arrange…

Le cul entre deux chaises
l'espoir en parenthèses
           il est étrange…

L'ÉTRANGER …


BAULARD Anick


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Racines noires comme la chair d'une terre
Fûts bruns comme les artères d'une roche
Cimes rouges comme les mâchoires d'une flamme
Feuilles fauves comme le diaphragme d'une brise
Sèves blanches comme la langue d'une mer.

Les arbres
S'embrassent
Au hasard
De leur étrangeté.

BAYSSIÈRE Laurent


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Je suis l'homme sans origine
Mon visage livide semble
Flou

Ne me demandez pas
Ma nationalité

Ils sont venus danser
Sur le cercueil
De notre histoire

Ma nationalité
Le cœur de tous les hommes

L'encre de mon stylo
A la couleur
Du sang

BEHAVA Bernadette


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L'ÉTRANGER

J'ai cassé les barreaux de ma cage noire,
effacé le passé, ou du moins essayé,
Chassé de mon esprit l'odeur de mon pays,
le visage de ma mère,
oublié le soleil, la poussière, ma jeunesse…

Croyant trouver la libre vie,
je ne suis de nulle part…
Egaré, hésitant
je foule cette terre dite amie,
et pourtant…

Prête-moi un peu de cette terre,
prête-moi un sourire,
un murmure, un regard,
prête-moi la vie, l'espoir,
la richesse d'être un homme,
d'être de quelque part.

BOSC Marie-Claire


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L'ÉTRANGER

Pas d'ici et déjà plus d'ailleurs,
il cherche à exister
dans une vie à vivre et à aimer.

Transparent, silencieux et absent
il ignore qui il est.
Là-bas, on l'a déjà oublié.

Il ne s'appartient pas
étranger à lui-même
il n'ose pas penser qu'on l'aime.

Il se perd, se cherche.
Les mots sont des mirages à éviter,
seuls les rêves sont à inventer.

L'étranger n'a pas de clés.
Il vacille, se reprend, espère
à la recherche de la lumière.

COMBRISSON Véronique


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FILLE D'IMMIGRÉS

Nostalgie d'un pays
que je ne connais pas
d'une terre cannelle
d'un ciel bleu et lilas.

Dans les yeux de ma mère
je le visite parfois,
j'enfile ses venelles
toute pleine d'émois…

Ô langue maternelle
beau pays d'autres fois
ma terre immatérielle
étrangère, même à moi.

DE BONNAT Patricia




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L'ÉTRANGER

Il venait d'un pays où même l'herbe est grise,
la terre écartelée par les mines et le sang.
Il ne voulait mourir sans avoir vu Venise,
Et sans, chaque matin, devoir se mettre en rang.

Il ne pensait jamais rencontrer tant de haine,
alors qu'il avait faim et qu'il voulait rêver…
Il a vu le mépris de ceux qui n'ont de chaîne
que d'avoir à choisir sans avoir à mendier.

Il croyait que chez nous, à la sueur du front,
avec, comme fierté, son unique courage,
il pourrait vivre enfin sans le bruit des canons,
et regarder le ciel sans crainte des orages…

Il voulait, simplement, exister sans prudence,
sans crainte de périr avant l'heure sonnée,
se marier, travailler, avoir un peu de chance.
Il est seul et vaincu, en exil, éreinté…

DELAUNE Sylvie


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L'étranger l'avait dit
mais personne n'a compris
ses mots venus d'ailleurs.

L'étranger a souri
mais personne n'a franchi
la porte de son cœur.

L'étranger a fini
par rejoindre un pays
qui se moque des couleurs.

Si nos peurs l'ont banni
une ombre lui survit
qui nous rendit meilleurs.

DELAYE Jean-Marc


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L'ÉTRANGER

Là, mine de rien
dans ce reflet quotidien,
ni tout à fait vôtre
et non plus tout à fait mien,
n'y voit-on pas quelqu'un d'autre.

DESCÔTEAUX Diane


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Sous les crocs empressés d'un monde de raison
l'enfant s'est inventé un cachot en douceur
qui le berce à jamais sans soucis ni rancœur
et le rend insensible aux peurs et aux saisons.

A nos futilités il répond oui et non
ou l'onomatopée que les vents lui inspirent
pour essouffler d'un rien notre besoin d'agir
et baver au soleil alors que nous peinons.

Mais à tout refuser, le voici ignorant
des parfums de l'amour aux labeurs de la vie
jusqu'au rire amitié… il reste indifférent.

Ne souffrant d'aucun rêve et brûlant sa mémoire
savourant son exil comme seul exutoire
l'autiste est, sans partage, étranger à la vie.

ESCUDERO Caroline


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CONJUGAISON POUR UN ÉTRANGER

Je déambulais dans le noir - c'était le soir,
Tu te promenais sur le trottoir - sans me voir
Il traînait son sac, son fardeau - pliant le dos
Nous n'avons vu que son chapeau - et son pied-bot
Vous étiez déjà enchaînés - à vos télés
Ils sommeillaient sur les pavés - les Étrangers.

Je travaille et j'ai de l'argent - suffisamment,
Tu bâtis des rêves étonnants - en frémissant
Il est sans papier, solitaire - c'est la galère
Nous attendons en laissant faire - sur notre sphère.
Vous voyagez, émerveillés - sans vous soucier
Ils sont bronzés, sont immigrés - les ÉTRANGERS.

J'inventerai demain - tu prêteras tes mains
Il prendra le chemin - pour changer son destin.
Nous dirons l'amitié - vous crierez " liberté ! "
Ils seront adoptés - nos frères, les ÉTRANGERS…

FEVRE Michelle


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L'ÉTRANGÈRE

C'est son anniversaire
On ne compte plus les bougies,
Elle a passé ici
La moitié de sa vie,
Elle se demande qui
Est cette famille réunie,
Elle est encore là-bas
Là-bas en Algérie.

FÉVRILLIEZ Josiane


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L'ÉTRANGER

Il est né comme moi sur la terre de France,
Mais ses parents sont nés tous deux à l'étranger.
Dans ce pays lointain où il va en vacances,
Il se sent comme ici, de culture mélangée.

C'est pas un gars d'ici, c'est pas un gars d'ailleurs
Dans son pays d'accueil il se sent différent.
Trop typé pour la France, et là-bas voyageur
Enfant de deux pays et enfant du grand vent.

Il a les deux cultures mais ne peut pas choisir.
Il sent bien que partout il a tout à construire
Et que lui plus qu'un autre ne doit se ménager.

Il se jette à l'ouvrage et parvient à bâtir
Une vie intégrée, une vie d'avenir
Pour que jamais son fils ne se sente étranger.

FOURNIER-VINARDI Anne


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TRANSPARENCE

Elle le semblait en tous cas
transparente,
malgré le velours vert de sa robe
et le rideau en brocart jaune
auquel elle s'accrochait
comme pour ne pas se briser.

Absente complètement,
elle parlait seule
et c'était seulement comme cela qu'elle parlait.
Elle pleurait,
— Peut-être ?
Pour un amour qu'elle n'avait pas vécu.

Transparente aux autres
absente à elle-même.
Etrangère.

GARANDEAU Alexis



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B
OUBACAR

Je suis venu de là-bas et
j'ai mis le soleil sous mon bras,
l'ambre sur ma peau,
l'ébène sous ma coiffe.

Arrivé de là-bas
j'ai gardé de la chaleur dans mes bras,
l'accent dessus ma langue,
le rire dans le grand éclat.

J'ai vécu ici,
j'ai mis de la méfiance sur tout çà,
égratigné ma foi en vos drôles de lois.

Mais si tu viens chez moi
je garde assez de soleil
pour fondre la glace de tes doigts.

GIRARD Lionel


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VOIX DE NEGRIER

Il ferme les yeux et ne ressent rien. Il n'est pas heureux, comme absent, lointain.
Près du géant blond, second dans la scène, il entend son nom, clameurs dans l'arène !
Il a couru si vite, l'homme de couleur, comme dans une fuite, écoutant son cœur.
Il est le vainqueur, il est le premier, fonds de cales, odeurs, voix de négrier.

Il est étonné, pourquoi ces bravos ? aux siècles derniers, des chaînes, un bateau.
On frappait des mains, c'était sur leur corps, atroce destin, cris, dégoûts et morts !
Noir américain, il est adulé. Ils étaient des chiens, voix de négrier.
Les coups de triques, il y pense si fort, les mêmes visions tragiques défilent encore.

Sous sa peau d'ébène, balance son cœur, des voix si lointaines, des cris de terreur.
Horreur et nausées, il y a bien longtemps, voix de négrier quand coule le sang. Il ferme les yeux et n'entend plus rien. Un ciel douloureux ruisselle soudain. Aux Jeux Olympiques, il fut le premier, le fils d'Afrique au cœur déchiré.

GIRARDI Daniel


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MOI, CET ÉTRANGER
L'automne est là, je me regarde
Dans le miroir de mes années
J'avançais sans bien prendre garde
Et ne vois plus qu'un étranger.

L'automne est là, je me retourne
Sur ma jeunesse abandonnée
Et mes yeux honteux se détournent
De ce Moi qui m'est étranger.

L'automne est là, je cherche encore
Comment j'ai bien pu traverser
La frontière du désaccord
Qui fait de moi cet étranger.

L'automne est là, et puis qu'importe
Nous marchons tous vers notre acmé
Et quand s'ouvrira la grand'porte
Il n'y aura plus d'étranger.

GULUDEC Joëlle



L'OUBLI

Souvent il reste là
tapi en son silence,
les yeux gris et sans joie.
D'un lent balancement
il entre en son absence,
éternel étranger
il a perdu son nom….

LE PECHON Anne-Marie



JE SUIS D'UN AUTOMNE

Je suis d'un automne et d'une diaspora
Dans ce peu de paysage auquel s'amarrer
Espace tramé d'or, de moire et d'ocre terne
Dans le silence acre des arbres dépouillés.

Je suis d'un automne et d'une terre d'exil
Dans l'anfractuosité des rêves passés
Assoiffée en ces retours sans cesse amorcés
Vers les berges brûlées de mes souvenirs clos.

Et parfois il me prend ce mouvement soudain
Comme l'oie sauvage je migre, déliée
Au seuil des vastes mers ombrées d'été vert tendre
Où mon écho s'entend entre hier et demain.

LUX Angèle



L'ÉTRANGER

Je n’avais ni ses yeux, ni sa voix, ni son pas,
Et comme dans un miroir, nous nous sommes rencontrés.
Il m’a donné mon nom, mes rêves, mes feux de joie
Et a banni mes peurs, mes larmes, mes frontières.

Ô ce fruit défendu, ô cet autre moi-même !
Ami, ne me condamne pas si j’ai franchi le pas
Qui mène vers sa lumière !
Loin des guerres qui grondent,
Loin de ce temps où je n’étais qu’une ombre,
J’inscris, tout au fond de ma chair,
La force du lien
Qui féconda mes jours.

MARIN-ZETTELMEIER Agnès

 


L'ÉTRANGER

Ouvre ta porte à mon errance
je suis un voyageur égaré,
un nomade fatigué.
Je n'ai sur moi que le soleil des étés.
Offre-moi ton ombre et prends mon soleil,
mêlons nos trésors, échangeons nos désirs,
nous sommes peut-être à un port.
Ce soir, faisons-nous plaisir,
restons ensemble…

Demain, je reprendrai mon chemin
qu'à ta porte j'ai laissé.
Je déploierai les voiles que j'avais ferlées,
et sans me retourner,
où me pousse le vent,
j'irai…

NIDDAM-TOBALY Hélène



L'ÉTRANGER

Je suis étrange, certes, mais je ne suis pas issu d'ailleurs,
je le saurais.
Cela se verrait sur ma peau.
Je ne suis pas non plus un animal,
on me l'aurait dit,
on m'appellerait Médor ou bien Kiki.
Si j'avais été une fleur,
depuis toutes ces années, je me serais fanée,
ou bien l'on m'aurait cueilli.
Un arbre ? Impossible !
Jamais l'oiseau n'a construit son nid sous mon bras,
ni entre mes doigts.

Mais peu m'importe, je sais moi
que je viens de derrière votre cœur,
pour le pétrir et l'attendrir,
avec mes petites mains de handicapé.

PRINTEMPS-AUSSANT Paul



L'ÉTRANGER

Nous n'avons qu'un seul mot dans notre belle langue
pour désigner celui que l'on croit différent :
qu'il défende la Bible ou lise le Coran,
le Talmud n'a pour lui qu'un parfum de harangue.

Et pourtant, quelquefois, pépite hors de la gangue,
l'Autre brille à vos yeux et se fait conquérant
malgré ses oripeaux de pauvre Juif errant,
il vient ancrer son cœur dans votre cœur qui tangue.

Chacun peut, pour autrui, être un jour l'étranger,
la couleur de sa peau n'y saurait rien changer :
qu'il soit noir, qu'il soit beur, ou qu'il soit bon apôtre,

l'Étranger, c'est celui qui n'est pas de son clan,
on n'a rien en commun, le mien n'est pas le votre,
il peut être français, il peut même être blanc.

 

RUFFIÉ DE SAINT BLANCAT Monique



Fragment
Éclaté
D'un bloc
Noir
Ta légèreté
Te fait découvrir
Le mouvement
Tu es séparé
Du minéral
Qui prend sens
Sous les coups
Du sculpteur
Tu côtoies les éclats
Tu restes nostalgique
D'une appartenance.

SCHOENFELD Marie-Anne



CAUCHEMAR

Une carte de séjour
et un peu d'amour…
A la Préfecture, des mots durs,
reviens demain, c'est ton destin.
Allons sur Jupiter, loin de la misère
ou allons sur la lune chercher la liberté.
Une voix sélénite s'élève à l'arrivée :
vos papiers de séjour, bonjour !
Tu t'éveilles de ton rêve et l'angoisse t'étreint.
Moi, nanti de papiers, sans jamais m'inquiéter
car je suis né ici et je suis sans souci,
un jour viendra peut-être où l'on m'expulsera,
j'atterrirai ailleurs et je serai comme toi,
je serai un paria.

SPINGARN Odette



J'AI QUITTE MON PAYS

J'ai quitté mon pays, mes parents et mes frères
j'ai quitté mon pays par l'issue de secours
comme un cambrioleur surpris par la lumière
et dont le cœur se met à cogner à rebours.

J'ai quitté mon pays, c'était à peine hier
pour remonter un fleuve aux sources inconnues.
Ma gorge s'est nouée comme une écharpe amère
ce jour-là je crois bien que chez nous il a plu.

J'ai quitté mon pays en brisant les frontières
et sans savoir que j'en mourrai toute ma vie.
Les yeux chargés de cette étonnante lumière
qui brunit à jamais les gens de mon pays.

J'ai greffé sur ma voix une langue étrangère.
Chaque mot y surgit comme un déchirement,
une balafre noire au ventre de ma mère
qui ne s'effacera jamais entièrement.

TINOCO-VILCHEZ Manuel



L'ÉTRANGÈRE

Les escaliers dansaient sous ton pas léger
Je voudrais prendre ce départ
et combler le silence
sans te rendre à ma nuit.

Je suis né de cet autre visage.

VINCLAIR Pierre


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L'ÉTRANGER

Ni d'une ville, ni d'un lieu,
ni d'une terre,
sans fois, sans dogme, sans amour,
sans les fortins des certitudes.
Sans les cieux,
sans une mer.
Je suis sans exister, je vis sans lendemain.
L'avenir n'est qu'un mot très vieux,
un cri en l'air.
Indifférent, je marche le long d'un destin.
Mon pas s'approche, silencieux,
d'un bleu désert.

WOLFF Eva


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