30 Rencontres avec "LE MASQUE"



Je tisse la toile noire de mes désirs avec un fil fiévreux et ombrageux.
Lorsque je sors, c'est cette cape de douleur qui me couvre le corps,
me protège des intempéries tendres et des cyclones amoureux.
À la lumière éclatante de la vérité, j'oppose l'éclair moiré et obscur de ma parure.
Ne tremble pas, ce n'est juste qu'un sarcasme de mauvais goût,
juste la sueur qui s'échappe parfois de mes profondeurs, à la lisière du cœur.

ARCADE Mathieu




MASQUE

Il était là, gisant, et l'on ne voyait plus
Que le masque de pierre de ce qui fut un père.

Entre cils et regard la nuit était entrée,
ses yeux-lacs jamais plus ne seraient mon miroir.
D'entre les lèvres-craie les mots s'étaient enfuis,
Mots simples distillés pour m'enseigner les choses.
Entre l'os et la peau le sang s'était figé,
Et sa joue effleurée glace mon souvenir…

Le masque de la mort s'est posé sur l'enfance,
Et soudain, j'ai eu froid !

BAULARD Anick




CLAIR-OBSCUR

Je suis la somme
De mes masques
Très opaques

Tout transparents
À côté des tiens
En somme

BODSON-MARY Bernadette




Le masque est tombé.
Je me vois dans le miroir
Je me vois dans le regard de ma chienne
Je me vois dans les yeux de mes poules
Je suis vieillie, fanée, jaunie

Le masque est tombé.
Me voilà recroquevillée
sur mes années passées
sur mes souvenirs à repenser
sur ma vie douce amère
sur ma folie meurtrière

Le masque est tombé
Je me désenclaquemure
Je marche, je survis, je désespère des hommes
Enfin je me regarde dans les yeux
C'est vrai. Le masque est tombé.

BORON Renée




NU

J'ai jeté mon masque.
Il était du genre pince sans rire.
Mon miroir n'en voulait plus ;
celle que j'aime non plus.

J'ai quitté mon masque.
La comédie a assez duré.
Mon personnage y a laissé la peau.
Ma mue, c'est ma mie.

J'ai froissé mon masque.
Je vole vers de nouveaux matins.
Sur une branche de ciel,
celle que j'aime m'attend.

J'ai laissé mon masque.
Aujourd'hui, je suis nu.
Loin du carnaval, des bals,
celle que j'aime m'invite…
à fêter le plaisir.

CARÉ Manuel



MASQUE

Qu'il soit pour s'afficher
Qu'il soit pour se cacher
Toujours en nous un masque
articule nos traits

CATMAN Henri




LES MASQUES DU DIABLE

on a joué aux échecs
sur un puits de lumière

tours, rois et cavaliers
ont piétiné la joie

qui cimentait les cases
de notre humanité

CHARLAND Pierre




LE PHARE À PAUPIÉRES


Tu as minutieusement mis ton portrait de plastique
De carton, tes talons de cuir, de matière basique
Impossible d'y échapper car on lit que cette année
La mode impose son idée, c'est la conformité

Alors tu en fais des prouesses pour trouver la tendresse
Tu examines la crème de jour pour rencontrer l'amour
Tu cherches la complicité dans tes cheveux cuivrés
Dans les tendances de l'été, ta sensualité
En tes ongles manucurés tu poses ta fierté

Mais parfois, tu fermes le phare à paupières
Tu te blottis à ton miroir pour ne plus perdre espoir
Car au-dessous du loup dont tu t'accoutres
Il y a ton âme que sans doute, tu redoutes.


CHOUKROUN Barbara




VISAGE MASQUÉ

Ne pas montrer
sa tristesse
Ne pas dévoiler
sa détresse

Se dissimuler derrière
un visage
Se cacher derrière
une image
Pour vivre
Pleinement
Ou survivre
Simplement


COURTOIS Jean-Baptiste




DÉMASQUÉ

Il se déganta,
déposa lunettes,
écharpe,
chapeau,
ôta ses chaussures,
ses chaussettes,
il enleva sa veste,
sa chemise,
son pantalon,
sans façon retira
son caleçon,
puis, il leva le masque,
on vit alors,
si l'on peut dire,
l'homme invisible
sous son vrai jour.


COUTAREL Serge




HEUREUX QUI COMME UN LAID

Heureux qui comme un laid, aimé pour ce qu'il est,
Ne connaîtra jamais les amours sans échange
Qui, le temps d'un été, font le bonheur des anges.
Mais la bise venue … vous savez le couplet.

Heureux donc celui-là au corps de gringalet,
Fils de Giacometti plus que de Michel-Ange,
Au visage anonyme, ingrat ou même étrange
Et dont les vrais amours verront plus d'un juillet.

Les masques de beauté, cadeaux de la nature ?
Déposés par hasard sur les nobles figures
Ne survivront guère à ces papillons d'un jour

Qu'on appelle éphémères.Il y a d'autres êtres
Pétris dans la pudeur, aux beautés plus secrètes,
Apprendre à les connaître est l'art des longs amours.


DELAYE Jean-Marc




Masque d'écolier :
le sucre des chouquettes
et mes baisers

DULAC Isabelle




L' AMOUR MASQUÉ

Un masque de velours !
Mais qu'y a-t-il derrière,
visage de l'amour
ou rire de sorcière ?

Si je veux le savoir
il faut qu'elle l'enlève,
que mes yeux puissent voir
la beauté dont je rêve.

Mais en la découvrant,
gare à la déception
car le danger est grand
de briser l'illusion.

Alors, pour préserver
tous mes rêves fantasques
elle l'a conservé
et j'ai aimé un masque.


DURAND Lucien




LA COMPLAINTE DES MASQUES

Magie des masques
Dans les roulements des tambours
les pieds qui martèlent la poussière
font écho aux battements de mon coeur
Terre d'Afrique ma mère, souviens-toi de moi

Masques énigmatiques et sereins
Dans le parfum lourd de l'encens
vos sourires me transpercent sans douleur
et me font apercevoir l'éternité
Terre d'Asie mon âme, attends moi

Beaux masques extravagants
Dans la brume froide de Venise
anges ou démons le temps d'un carnaval
rêve ou cauchemar de la tentation
Terre d'Europe ma chair, aie pitié de moi

ESCARRAT-PIERRE Françoise




PLUME MASQUÉE

Tu mêles l'alphabet sur des bouts de papier,
En accordant les mots, tu soudes et tu combines.
Dans un bureau secret, d'une main clandestine,
Tu avances masquée, pour toi c'est le métier.

L'acteur en devenir se sert de ton acier,
La princesse adulée devient ta mélusine,
Le politique en pointe requiert ta plume fine,
La journaliste en panne te glisse son cahier.

Tu plonges avec délice dans le destin d'autrui ;
En restant l'inconnue, tu chasses les ennuis.
Mercenaire de l'écrit, tu sais garder ta place.

Quand le livre s'achève, tu ne fais pas de bruit,
Toi, la plume masquée, le jour comme la nuit.
Et que t'importe gloire, honneur ou dédicace ?

FÈVE Michèle




SILENCES

De cet instant magique avec toi partagé,
de ce baiser volé
sur un coin de table oublié,
reste le silence des mots perdus
et des tristes apparences.

De cette lumière infinie
qui a su nous émouvoir,
j'ai touché l'inconstante vérité
et mesuré l'étendue de ma détresse.

Tu as menti et porté le masque,
entre mes doigts coule le sable blond
d'une allée de parfums qui mène à ton absence.


FINANCE Michèle




MASQUE DE PEAU

Puis je soulève le voile de tes chairs diaphanes et je trace d'un doigt léger une courbe le long des veines noires qui pulsent au creux des sillons en vagues béates.
Alors je sens les caresses d'autres, je parcours le dédale des larmes et des émois, des éclats de rire et des visages disparus.
Usé dans tes lambeaux blêmes de chair qui se dénudent tu me dis les senteurs d'un atelier secret où tu te sculptes jour après nuit, nuit après jour.
Là se disent les aubes à te retourner dans le lit vide, à tomber des masques souriants, à effacer les aveugles grimaçants qui se maquillent et s'ourlent de rouge ou de noir.
Je déroule ton masque de peau, ton masque d'agneau, ton masque blanc et le sang rouge afflue qui me dit que te boire est te remplir, te désirer est te recevoir les paupières fermées et les joues en feu.


FLAMANT Catherine




UN MASQUE DE PLUIE

Droit devant je courais, le cœur glacé d'effroi,
Vers un autre avenir, vers d'autres paysages.
Laissant mon désespoir sur de sombres rivages,
Je compris que la Mort ne voulait point de moi.

Je me perdis alors, au mépris de ma foi,
Dans d'obscurs paradis, d'illusoires mirages.
Du plaisir, maintenant, je n'ai que des images;
À nouveau je suis seul et je ne sais pourquoi.

Banni par le soleil, chassé par la tempête,
Je marche dans la nuit, furtif comme une bête,
Mais je bénis le ciel qui me mouille sans fin :

Nul besoin de cacher ces gouttes que j'essuie,
Personne ne pourra soupçonner mon chagrin
Car on n'a jamais vu de larmes sous la pluie.

GASTON Hervé




JEAN QUI RIT, JEAN QUI PLEURE

Sous le masque qui pleure, Jean rit
Sous le masque qui rit, Jean pleure.
Rieur, pleureur, qui es-tu Jean ?

Je suis l'homme à cacher ses soucis
À renifler et ravaler ses rires, à pouffer de larmes,
Celui qui dissimule ses joies et fait des éclats de pleurs
Celui qui triche et filoute, qui farde et qui leurre.

Je suis le clown aux blancs plâtras.
Je conduis la grande farce de ma vie
Et toujours me débats à l'envers à l'endroit et vice versa
Je déploie des artifices pour esquiver mes propres appâts

Trompe la mort, trompe la joie
Je suis Jean le clown aux blancs plâtras.
Si jamais le masque se fissure et l'onguent se craquelle
Sur ma pâle figure, qu'en sera-t-il encore de Moi ?

GIRARD Lionel




MAMIE S'EN EST ALLEÉ

     J'ai tout au fond de moi
l'odeur de ses cheveux que j'aimais respirer
quand après les avoir savamment enroulés
elle les parfumait d'un peu d'eau de ses roses.

      J'ai tout au fond de moi
la fraîcheur de sa peau que j'aimais caresser
quand elle me contait l'histoire d'un Noé
celle d'Hans et Gretel ou bien du Petit Chose.

      J'ai tout au fond de moi
la couleur de ses lèvres que j'aimais regarder
quand elle interprétait ses chansons préférées
surtout celles de Piaf dont je connais la cause.

      Mamie s'en est allée.
J'ai tout au fond de moi l'envie de lui ôter
ce masque d'au-delà qui l'oblige à garder
un sourire figé et ses paupières closes.

GULUDEC Joëlle



LE FOL EPI DES RÊVES

Au masque des années qui savamment burinent
et la peau et le cœur d'inlassables comptines
il préfère, en silence, le fol épi des rêves,
magiques aventures, palpitantes de sève.

Et le loup se dépouille de ses cafards humides
naît un nouveau regard dans le miroir avide.
C'est là qu'il s'embarque vers d'autres latitudes,
jusqu'aux folles errances en terres de solitude.

LE GOFFJean




ARC-EN-CIEL

" Va
Change de masque ! "
Disait mon père.

Et moi petit enfant
Devant l'armoire ouverte
J'attendais le miracle…

La colère s'en allait
Comme elle était venue.
Et la paix, sur mes lèvres
Dessinait en silence
L'esquisse d'un sourire...

LE PECHON Anne-Marie




FANTAISIE

Son visage
Est le mirage
D'une rêverie
Triste et jolie
De minuit.

Sombre masque
D'une fantasque
Fantasmagorie
Dans l'ennui
De la nuit.

MENDOU NGUEMA Benjamin




L'EMBRASURE

Parée d'un loup éclatant
Dans l'embrasure de la porte
Tu me regardes

Au masque j'ai su que c'était toi
A tes gestes précis
Au ciel damasquiné mêlé à tes pensées

Tu prends le temps entre tes mains

Entre deux portes
Le courant d'air qui te dessine

Au masque j'ai su que c'était toi

Le retirer ?

Cela ne viendra pas viendra de toi
Ou simplement ne se peut pas

Le temps passe à te démasquer
Et moi je passe avec le temps

MERTZ Philippe



LES MASQUES

Le gros masque du grand père
Fixé au recoin de la cabane
Nargue le courroux de la pièce opaque
Et distille la peur.
Je m'enfuirai loin de la cabane
Mais les masques germent partout
Dans les branchages obscurs des arbres du jardin
Sur le visage anonyme
Des passants de la rue
Sur le front renfrogné
De mon maître à l'école
Même sur la face jadis radieuse
Du prêtre de ma paroisse
Les masques germent partout.

NDEFO NOUBISSI Thomas Albert



Face à l'Autre
le face à soi se fige
on pirouette on virevolte
accostage énigmatique
abrupt
face à face d'expectatives
on scrute les échos on ajuste la posture
de trucages en gommages
on compose son image
on façonne son masque
jeu de miroirs jeu de mirages
on se morcelle en une infinité de reflets
un trompe-l'œil en continu
face à face subtil
de front de flanc de profil
on adapte son masque.

PERIER France




LA LETTRE ANONYME

J'ai mis un masque à mon stylo
pour écrire une lettre anonyme
car c'est ainsi que l'on obtient…
… une écriture déguisée…
mais, dans un but humanitaire
j'ai pris une encre sympathique
qui s'évapore et disparaît
ainsi ma conscience est tranquille…
……………………………………

D'ailleurs je ne me souviens plus
à qui je voulais l'envoyer !

PORCHEROT Marie-Agnès




SCANDALE AU BAL MASQUÉ POÈTIQUE

Le monde poétique est dans un état critique
Un voleur de masques a semé la panique
Sous un loup de prose hallucinée,
Sans enjambements ni pieds.
Une muse taquine l'aurait vendu
À un auteur consterné et déçu
Par l'exaspérante banalité
Qui — à trop masquer la réalité —
Déguise odes et sonnets
En clowns désabusés.
Fait étrange et surréel,
La musique toujours belle
S'est accélérée puis saccadée ;
Ne sachant plus sur quel rythme danser
Dais et rondeaux ont suscité le débat.
Un masque de beauté leur rendra-t'il l'éclat ?

RÈNEVIER Anne




Défilé de masques
Au carnaval de la vie

Paroles sculptées
Sourires pétrifiés
Regards faux cilisés

Bois éviscéré
Cœur camouflé
Intime protégé

Mais
Face à face
Le maquillage s'efface
Et glissent les apparences
Silence…

SALVAUDON Christiane




LE MASQUE

Avec toi c'est bal masqué
Tous les jours que Dieu a faits
Masque de papa très sérieux
Surtout à ne pas ennuyer

Masque de l'employé modèle
En tout à son patron fidèle
Masque de mari parfait
J'en ai assez, je m'en vais

Ton visage si impassible
Moi je voudrais qu'il vibre
Regarde moi face à face
Laisse tomber ton masque

Je voudrais y voir de l'attachement
Un geste d'encouragement
Je voudrais y voir de la souffrance
Et tu ne montres que l'indifférence

SMALUCH Josefa



haut de page