30 Rencontres avec "LE REGARD "

 


T
u ne sauras jamais le bleu de mes paupières,

L’incarnat de mes lèvres, oh, mon amour aveugle !

Tu ne connaîtras pas le sombre de ma peau,

La lumière dorée de mes cheveux défaits…

Mais quand tes doigts légers me lisent et m’explorent,

Lorsque tes paumes fraîches me sculptent, me modèlent,

Le regard de tes mains me perce jusqu’à l’âme.

Anick BAULARD
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La nuit venue

 

La nuit venue

la nuit rassemble les regards perdus dans la solitude des gares

les regards oubliés aux vitres froides des départs

la nuit venue

la nuit les emporte dans sa traîne

et la nuit venue

la nuit éteint l'indifférence du monde

dans le regard des étoiles

 

Alain BENITO

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REGARD

Mon regard erre
Dans un idéal
Le temps d’un intervalle
Les yeux grands ouverts

Tout en zigzag
Dans l’espace imaginaire
Sans intercalaire
Au hasard il divague

A perte de vue
Fuyant sans bruit
Ces riens qui l’ennuient
Ni vu ni connu

Nul droit de regard
Sur son terrain vague
Son inutile il l’élague
N’osez pas y croire !

Josiane BOUCOIRAN
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REGARD

de vos yeux de chatte
vous écartâtes les cils
fronçâtes les sourcils
et me regardâtes
vint un sourire
et vos sourcils s'écartèrent
vos cils s'unirent
et me ravirent
l'univers
gris exquis de vos yeux

Jamal BOUMAHDI
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IL ETAIT

On y voyait l’azur

et des pépites d’or.

On y lisait l’amour

par ses cils balayés.

Il était flamboyant

aux lumières de la vie,

pétillant dans la joie

aux jours de plénitude.

Il se chargeait de gris

aux orages naissants,

s’embuait de tristesse

au cortège des jours.

Mélancolique et doux :

Il était son regard !

 

On y voyait l’azur

aux rides de la vie……


Ghislaine BRICOUT
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Gare Saint-Lazare
Plus de mille et une jambes —
Pas un seul regard

 

Gilles Brule
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Dans ses yeux humides
tandis que s'éloigne le train
mon image s'estompe

 

Jean François CHAPELLE

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Le balbutiement de l'aube :

Dans le balbutiement de l'aube

les visages s'accumulent

inventent des éclairs

à l'obscurité

surprennent des yeux

dans nos yeux

sans savoir

lesquels

seront les nôtres

Christophe CONDELLO
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Reluqueur

 

Tous les matins,

l’œil mi-clos,

l’énorme matou amateur

de minette,

mate par la fenêtre

la chatte de la pipelette.

 

Tous les matins,

vanné

par tant d’efforts,

le gros matou mateur

s’endort.

 

Serge COUTAREL
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Confidence

 

Entre-nous…la notoriété m’embête;

C’est horripilant d’être reconnu,

Si ! Plus les autres regardent ma tête

Plus j’ai envie de leur montrer mon cul !

 

Pierre DAUCHIN
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LE REGARD

Vivant dans la pénombre déjà depuis longtemps,
Un homme se préparait à faire de l’obscur
Son monde d’environnement nourricier d’aventures
Il oubliait ses yeux, bientôt inexistants.

La cécité semblait arriver doucement…
Réfléchissant avant de dire la tâche dure,
Il agissait vraiment lorsqu’il se sentait sûr
De lui, comme des autres, en se montrant confiant.

Devoir… vouloir, pouvoir bien regarder sans voir,
C’est savoir écouter, faire parler sa mémoire
Et refuser d’entendre les propos de bavards.
Aussi, fermant les yeux, je m’efforce toujours
D’appliquer la leçon, pour éclairer l’amour
Des merveilles de la vie par cet autre regard.

Patrick de BROUSSE de Montpeyroux
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VISAGES

Il est des  visages

Il est des sourires

On dirait des lumières

On dirait des soleils

Il est des voix

Il est des mots

On dirait des musiques

On dirait des caresses

Il est des yeux

Il est des regards

On dirait des ailes

On dirait des perles

Chantal de SMET de NAEYER
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Regard

Traquenard

Trop tard…

 

Véronique DE VOS-BERNARD
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Que saura-t-il du désert
celui qui ne regarde
qu’un grain de sable…

Que saura-t-il de l’hiver
celui qui regarde
tomber la neige
derrière sa fenêtre…

Que saurais-je de l’océan
si je ne regarde
que la vague
venant s’échouer sur le rivage ?

Que saurais-je de toi
si je ne regardais
que la couleur de tes yeux ?

Jacques DÉCRÉAU
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I
ris bleu profond
un regard flou en alerte  —
La voix de Maman

Marie-Hélène DEPAUW
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Regard sur le Rien

Sur la photographie

Absent pour l’éternité

Et présent jusqu’à l’absence

L’enfant qui n’est pas né

S’il te plaît dessine-moi

M’a dit l’enfant qui n’est pas né

Alors maladroitement

J’ai tenté d’imaginer

Ce qui n’a jamais été.

 

Hélène DUC
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AU JARDIN

 

A chaque pas,

Jonquille d'avril

         s'offre tel un calice d'or

 

Mon regard devient une prière

 

Elisabeth Dumoncel

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AVEC TES MAINS

 

Avec tes mains

tu me regardes

tu me musardes

 

Mais tu me touches

mille fois mieux

avec tes yeux

 

Lise EPAULE
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Nue dans ton regard

Sans amour et sans haine

L’indifférence

 

Françoise ESCARRAT-PIERRE
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LE REGARD DE MON ENFANCE

 

Par mégarde j’ai égaré

Le regard que j’avais enfant.

Est-il resté accroché

Aux étoiles d’un noël blanc,

 

Quand la tête levée vers les cieux

Les yeux emplis de flocons

Je guettais le vieux monsieur

Dont personne ne connaît le nom ?

 

S’est-il usé au fil des pages

De tous ces contes de fées,

Ebloui par le mirage

Que tracent les lignes enchantées ?

 

Sur le tableau de classe,

Sur le sable des vacances

Est-ce le temps qui efface

Le regard de l’enfance ?

 

Hoëla FALIP       

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nÈgre et albinos
         
je suis un nègre albinos,
c'est-à-dire, noir dedans et blanc dehors.
j'en souffre tellement...
parfois, je ne peux m'empêcher d'imaginer
le regard déçu et abasourdi de mes parents
à ma naissance.
je revois aussi le regard moqueur
de mes camarades de classe
quand le soleil m'aveugle et m’irrite la peau
je revois le regard curieux et méprisant
des passants dans la rue.
le regard de mes frères, pleins de compassion...
ma peine c'est cela… le regard des autres!
il me blesse, me choque et m'efface.
chaque fois j'en pleure et je culpabilise
car j'ai si honte d'avoir honte de moi.

 

Ndzana Ndzana FLOSCE (Amenophis)
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LECTURES

Dans l’œil du chat :

Hauteur, dédain.

« Toi, tu n’es rien »

Fait le félin.

 

Des yeux canins

Soumis et doux.

« Toi, tu es tout »

Dit le toutou.

 

Dis-moi miroir,

Que peux-tu voir ?

Dans ces ronds verts

Y voit-on clair ?

 

David FOUCHE
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LE REGARD

Un regard en dit plus, souvent qu’une parole,
Car il est spontané, ne se calcule pas,
Et pour le mesurer, point besoin de compas,
On le perçoit ma foi comme une banderole.

Nous pouvons le jeter, le fixer, le lancer,
L’arrêter un instant d’une façon fugace,
Quand il veut pénétrer, il apparaît sagace,
Intelligent, courtois, mauvais s’il veut tancer.

Il s’attarde parfois, quand on a de l’avance,
Il nous donne le droit, celui de comparer,
Et lorsqu’il est perçant, nos projets il devance.

De travers, de côté, de haut en bas il toise,
Il nous prend en pitié sans se désemparer,
Et s’il se fait charmeur, lui seul nous apprivoise.

Joël Gauthier
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Fille de l’air

 

Je le regarde, avec l'air narquois de celle qui ne s'en fout pas

Je le dévisage, avec l'air naïf de celle qui comprend trop bien

Je lui en remontre, l'air détachée de celle qui est touchée

Je le contemple, sans en avoir l'air, en jouant celle qui n'est pas attachée

Je le toise, avec les grands airs de celle qui ne compose pas

Je le recherche, sous l'air inaccessible de celle qui n'est pas si difficile

J'essaie de le toucher sous des airs timides,

bien décidée à rester celle qui ne se laisse pas mener

Je l’observe, en cherchant de l'air,

comme une proie prise au piège d'un prédateur rusé

 

J’erre.

 

Sabrina GRIMALDI

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Que verrait un aveugle
qui recouvre la vue ?

Verrait-il le Soleil
ou la Lune de nuit ;
verrait-il nos mystères
et le ciel trop gris ?

Voit-il la beauté ;
Voit-il l'amour ?

Dedans sa nuit
et dedans ses songes,
que vit-il ?

Qu'importe.
Regardez rire l'aveugle,
il voit au-delà des nuées.

Jean-Mark GuErin
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ce regard
à l'avant-rire

quand il n'est besoin
de rien dire

pour être heureux
de cet échange

Denis HeudrÉ
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Toi, le regard…
tu te dois
d’éclairer cent fois les roses
et de faire miroiter la soie.
Pour cela, pointes-tu du doigt les choses 
ou bien, te contentes-tu
de regarder sans voir
ce que tu n’oses
en disant : « c’est la foi qui sauve
je transforme tout ce que je vois » ?

Jean-Pierre JacquiN
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une maladie incurable
un témoin muet
un miroir

Pépin LATERRE
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Je sors perdre mon chagrin

Le soleil me cingle

J’habille mon regard

 

Brigitte LUQUET
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LE REGARD

 

Il la regarde, le vieux, la fille qui passe !

D’un regard vif encore, rempli de joie,

et pas un instant son cœur ne se lasse,

vibrant au rythme de son émoi,

qui lui remet en mémoire

ses bons moments de gloire,

doux souvenirs d’autrefois.

Comme elle est souriante et jolie !

Jusqu’au bout de la rue son regard la suit.

Il semble on ne peut plus heureux…

jusqu’à ce que la silhouette disparaisse à ses yeux.

 

Jean MASSOT
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TRIO

 

REGARDS DE RUE

 

Regards de passants —

la main tendue en sébile

il ferme les yeux

 

Un moineau parade —

deux amoureux se regardent

sans rien voir

 

Jean super-moulant

elle promène son chien

... et tous ces regards

 

Monique MERABET
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LE  REGARD

 

C’est le regard des autres

Qui nous fait exister,

Mais le regard des autres

Est parfois sans pitié.

 

Tes formes, ta couleur,

Ton handicap aussi,

Sont source de douleurs

Causées par le mépris.

 

C’est du fond de nos yeux

Que viennent tes souffrances.

Un sourire c’est si peu,

Mais redonne confiance.

 

Chacun peut être heureux,

Chacun avoir sa chance,

Soyons aventureux

Osons la tolérance.

 

Martine MERCADIER

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Regard

 

Un regard lourd de promesses
a suffi à sceller entre nous
l’amour par des liens éternels

comme toujours

pour toujours
moi qui les rêvais

légers aériens

courts

 

En amour le coup du regard

lourd
c’est toujours finalement
la corde qui menace
au bout

Désir de chair
toujours plus cher
que le plaisir
qu’on en espère

 

Albert PESSES
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L
’un est rieur, éclair de charme,

pépites d’or, attise-flamme.

L’autre d’un seul rai ravit l’âme,

chanson de vie, bel oriflamme.

Celui-là, vert bleu, tombeur,

nous fait chavirer de bonheur.

Ceux-ci, glaçants et suspects,

nous transpercent d’un sombre trait.

Certains fuient comme des voleurs,

l’approche douce est de rigueur…

 

Et puis le tien, par-dessus tout

qui m’aime sens dessus-dessous !

 

Michèle PETTAZZONI
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Liste

 

Un coup de fusil

Un coup de fusil et mon cœur qui s'arrête

Mon regard s'est lentement posé

 

Mon nom n'y est pas...

 

Mon nom n'y est pas.

 

Sébastien PIGEYRE
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Toi et moi - un regard

Captive de tes yeux, étrangère à moi-même,

«  Au-delà du miroir », au plus profond de toi, je veux,

Nue, arrachée à mes masques, connaître qui je suis.

Démêler l’entrelacs, scruter traces, reflets, couleurs et musiques :

Des fulgurances bleues, des stridences vertes,

Des danses de soleils, des silences de lunes,

La fureur de la vague, la ferveur des moissons,

L’éblouissement d’été, les aubes défaites,

                               une tendresse triste et l’amour qui fait mal.
Assembler les éclats et poursuivre la quête du jardin secret…

Sous le palimpseste découvrir l’épure d’un visage.

 

Mais, lorsque ton regard se fait plus doux qu’une caresse,

Qu’importe qui je suis, qu’importe qui tu es.

Je nais de ton regard.
Et, quand le jour se perd, que ta paupière lasse glisse vers la nuit,

Je suis, l’ombre.

L’ombre de ton regard.

 

Micheline PORZIER
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REGARD

 

Regard

Etonné

Gourmand

Amoureux

Ravageur

Délicieux

Ces six lettres seulement suffisent,

pour décrire ton regard sur le mien.

 

Patricia SOUFFLET
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REGARD

 

Ce matin, déjà, il est tard !

A première vue, mon regard,

hasardant un œil, à la ronde,

n’est pas d’une clarté profonde.

 

Mon champ de vision habituel

bute toujours, pour l’essentiel,

sur un vieil immeuble de brique ;

Ma vue n’est pas panoramique.

 

L’horizon bouché, droit devant,

ne laisse voir publiquement,

guère plus à gauche qu’à droite ;

Ma conviction est maladroite.

 

Contraint, forcé, trop réducteur,

mon regard devient intérieur,

je ressens un mal d’existence ;

Je vais changer de résidence.

 

Guy  TALBOT
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Soliloque

 

Je suis un regard assassin lourd de sens et souterrain

Je soulève ma paupière

de bitume dérobé

Les filles pressent le pas

 

Je suis un regard résigné soupir des sphères profondes

Regard en coin je me coule

à chaque angle du carré

Quelques enfants jouent aux billes

 

Je suis un regard grillagé tunnels et prunelles noires

Mon grillage est leur prison

de ce coté-ci du temps

Les passants ne me voient pas

 

Je suis un regard du passé enchâssé dans le pavé

sur un trottoir de Paris

un regard de catacombes

Regard intérieur du monde

 

Sylvie TARDIVON
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LE CARICATURISTE

 

Il croque du regard de son crayon magique,

Et ses yeux ont compris si le front ou le nez

Ont quelque caractère qu’il ne faut point cacher.

Le regard est perçant et le crayon critique.

 

Le regardé ignore qu’il est un point de mire.

De profil ou de face l’homme qui l’a visé

Trouve l’astuce qui le rendra meilleur ou pire.

 

Ravi, le portraitiste a pris cible à son goût,

De son regard croquant il a su dessiner

Avec son cœur, ses yeux, sa malice et son rire.

 

Est-il un brin poète ou bien voyeur filou ?

 

Marie-Christine THELLIER

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