30 Rencontres avec "L'ARBRE"

 



L’arbre à palabres

 

Le baobab de mon enfance

Tend vers le ciel - tel les noyés -

Des bras noueux, désespérés

Plantés dans un tronc si immense

 

Que sa cime a l’air d’une tour ;

Seuls tous les enfants du monde

Nouant leurs mains en une ronde

Pourraient en cerner le contour.

 

Il est imposant par sa force :

Là vont prier les plus pieux

Et deux par deux les amoureux

Gravent leurs noms dans son écorce.

 

Mais que dire de son allure

Quand il devient l’Arbre de Paix,

Lorsque des marabouts discrets

Vont palabrer sous sa ramure !

 

Isabelle balot

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L’arbre de vie

 

Sur la première branche

je vois mon père, souriant de sa fine moustache

au sourire de ma mère sur l’autre branche près de lui.

 

Sur les branches au-dessus, dans l’ombre des feuilles jaunies,

mes grand-père et grand-mère gravement recueillis

comme pour le déclic au parvis de l’église.

 

Plus haut, plus loin, plus lointains,

combien sont-ils, diffus, côte-à-côte serrés

comme les hirondelles à leur envol de l’hiver ?

 

Plus haut encore, toujours plus haut,

jusque là où les branches s’entremêlent

dans le clair-obscur à l’orée du ciel,

luit, dans l’immensité, la vaste sérénité

de l’ancestral cortège des visages inconnus,

d’où tombe, immobile, l’immémoriale source de vie

où ma sève s’abreuve.

 

J.-L. BELGRAND

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La forêt première

 

Verticale

symétrique

de nos insolentes

cathédrales

de béton

Oubliée

sous une chape de silence

palpite

patiente

la forêt première.

 

Elle jettera ses bras

vers les étoiles

quand nous aurons atteint

l'âge de poussière.

 

Alain BENITO

 

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Bonsaï

 

Petit arbre martyr, compassion sincère

Pour toutes les souffrances qui te firent arbre nain,

Cependant tu ramènes, dans mon petit jardin ,

L’image d’une forêt plusieurs fois centenaire !

 

Ton environnement avec soin distribué,

Montre bien que c’est toi le clou de ce spectacle,

La poterie précieuse qui sert de réceptacle,

A la motte cramponnée comme au noyé sa bouée .

 

L’anorexie forcée où tu es maintenu,

Est, avec ta structure, sauvagement twistée,

Les éléments qui font, avec l’âge avancé,

Paradoxalement, chez toi, la plus value !

 

Ainsi ce qui chez l’homme est cause de souci,

Participe ici à l’ultime splendeur,

Dans la perfection de l’objet de valeur,

De la chose accomplie, Bonsaï mon ami!

 

Alain Bobinec

 

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Mon Arbre


Tant de fois j'ai rêvé les yeux vers les nuages,

Tant de fois j'ai sculpté tes verdâtres branchages,

Dans les matins frileux de la fin de l'été ;

Que la vie était belle, perchée à ton sommet !


Les soirs de pleine lune, à l'heure où l'âme pleure,

Je gravais mon chagrin, je confiais ma douleur;

A ton bois abimé. Et ainsi je restais,

La main sur tes écorces, et le cœur délivré.


Parfois je devenais la grande aventurière!

Tu étais ma maison, mon abri, ma lumière.

D'une vive souplesse, j'escaladais ton corps,

J'étais une princesse aux sauvages abords.


Aujourd'hui, allongée sur ton feuillu tapis ,

Je vois d'autres enfants, acrobates endurcis,

Faisant de toi, Mon Arbre, leur empire à jamais.

Mais que la vie est belle, assise à tes côtés!

 

Ludivine CAHIER

 

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L’arbre aux souvenirs...

 

L’arbre aux souvenirs a perdu plus d’une feuille

Petit à petit elles sont parties en deuil

Au gré du vent, au gré des ans disparaissant

Le laissant le regard vide tout grelottant

 

L’arbre aux souvenirs a perdu plus d’une branche

Petit à petit elles sont parties en planches

Qui flottent dans l’azur sans port d’embarquement

Fantômes du passé, oubliées du présent

 

L’arbre aux souvenirs a perdu toute sa tête

Tristement sans bruit, elle est tombée en miettes

Et les bribes de sa vie qui restaient accrochées,

Nectar gorgé de miel, sont elles aussi tombées.

 

L’arbre aux souvenirs n’habite plus mon ancêtre

Il l’a quittée doucement; elle a cessé d’être

Perdant la mémoire, confiante elle sourit :

Dans le jardin d’Eden son arbre a refleuri.

 

Christian CAUGANT

 

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D'un pin mort un pic fait son gîte
tambourinant sur le tronc creux
jusqu'à devenir troglodyte

Jean François CHAPELLE

 

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Il préfère

Au hêtre le déodar

Au peuplier le vomiquier

Et, parmi tous les arbres bizarres

Le palétuvier

 

L'abondance, le mystère

De ce qui pousse

De l'autre côté de la Terre…

 

Eric DAHAN

 

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Le vieux pommier

 

Le vieux pommier entre en automne

Les bras chargés de fruits trop lourds

Chante sa plainte au vent atone

Et bientôt ses doigts se font gourds.

 

Le vieux pommier entre en automne

Déjà reviennent les labours

Un paysan au loin chantonne

Mais c’est un chant de désamour.

 

Le vieux pommier entre en automne

Serre ses branches tout autour

Comme un gros chat se pelotonne

Au soleil des derniers beaux jours

 

Le vieux pommier entre en automne

Sème ses feuilles alentour

L’horloge du temps carillonne

Commence le compte à rebours.

 

Suzy DARRIBEHAUDE

 

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Exhortation

 

… et, dans cette saloperie de banlieue

où l’on avait tout oublié du printemps,

un homme hurlait à l’arbrisseau chétif

coincé dans l’angle obscur de deux murs dégueulasses :

« Pousse, nom de Dieu !

Ne passe pas à côté de la vie ! »…

 

Pierre DAUCHIN

 

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balade en voiture –

emmailloté sur le toit

l'arbre de Noël

 

Diane DESCÔTEAUX

 

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Le blues du platane

 

Dans la Ville Rose, ma vie ne l’est pas

Je survis au centre d’un carré d’asphalte

Usé par les va-et-vient impassibles

 

Quatre grands murs gris sont mes geôliers

Qui de leurs regards me glacent la sève

Je suis prisonnier avec fer au pied

 

Je n’ai pour fragrance que le CO2

Pour seules caresses, initiales et cœurs

Pour toute mélodie, la cacophonie

 

Les oiseaux piailleurs squattent mon feuillage

Les cadeaux des chiens sont empoisonnés

Dans la Ville Rose, j’ai le vague à l’arbre

 

Je rêve, un beau jour, de me faire la belle

Pour me mettre au vert auprès de mon clan

M’enivrer l’essence dans un champ de fleurs

Bercé par la brise, au soleil serein

 

Katherine DILON

 

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L’arbre

 
Seul au milieu de la place
comme un parapluie
aux branches cassées
refuge d' oiseaux esseulés
l'arbre du printemps
jette ses larmes de fleurs
sur le sol bleui
par le crépuscule
et boit d'un air joyeux,
sa prisonnière d' un instant,
l'orange virtuelle
d'un soleil paresseux...
 
Adrienne DORSAY

 

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L’arbre et la fourmi

 

La fourmi monta sur l’arbre

L’arbre dit à la fourmi

Pourquoi montes-tu sur moi

La fourmi dit ça me fait du sport

 

L’arbre dit alors c’est tous les jours

La fourmi dit oui tous les jours

Je fais mon sport vers dix-neuf heures

 

L’arbre dit à la fourmi tu me déranges

La fourmi dit moi je te dérange

L’arbre explique à la fourmi

Quand tu montes sur moi tu me fais des gligli

 

La fourmi dit c’est mes pattes qui te font des gligli

L’arbre dit ça me fait des gligli

La fourmi se met en colère

Dit la prochaine fois je ferai mon sport sur l’herbe

Ismaïl EL BAKRI

 

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après les feuilles
jaunes sur le trottoir
une page blanche

 

Rob  FLIPSE

 

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volets entrouverts -

dans le feuillage du chêne

des instants d'azur

 

Damien GABRIELS

 

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Ci-git un arbre abattu

Ci-git une vie humaine...

 

Touran GAMBARLI

 

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Pas sot l'arbrisseau qui déclare :

 

que se rouler un joint de culasse c'est "guerre écologique" !

qu'accoupler une bielle à une manivelle n'a rien d'érotique !

sans rouler les mécaniques,

il ne fait pas l'arbre d'un doute que

fumer l'arbre à cames est illicite !

qu'on me tare arbuste !

qu'on me fusse tige !

qu'on me taille (le portrait) !

qu'on me mal axe, ce n'est palabre qui me contredira !

en poésie, sous l'arbre à parlotes

le jeu reste le secret de la mécanique !

 

Dominique GAUBERT

 

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Ode au palmier

 

Le palmier prie le ciel

tronc rugueux, fougueux,

reposoir des dormeurs solitaires,

ses branches en éventails

palpitantes sous l’azur méditerranéen,

le palmier,

sensuelles jérémiades ocres

du désert lancinant

Le palmier,

réconfortant, tiède, tendre

croustillant de dattes,

le palmier, fier, haut,

entre la mer et le ciel

le palmier

frôlant les nuages

s’évertue à secouer le cours des rêves d’orient

 

Lucile GUIGON

 

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A

L’abri

Dans mon feuillage

 

J’écoute tomber la pluie

Et les récits  des longs voyages

 

Que dans mes branches un étourneau pépie

 

Je sais par cœur la vie du bois

Et m’y ennuie avec le temps

 

Je voudrais

Tant

 

Marcher

Courir

Nager

M’enfuir

Mais les chemins sont trop étroits

Et la terre un bagage bien trop lourd pour moi

 

Josselin HAREL

 

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Empoisonné

Tu transpires, tu tousses

Mais tu pousses

 

Scalpé
Tu souffres, tu endures

Mais tu perdures

 

Tranché
Tu agonises, tu pleures

Et tu meurs

 

Semé
Tu découvres, tu fleuris

Et tu ris.

 

Jorge HAYOS

 

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le feu crépite -

le stylo fait murmurer

la table en bois

 

Eric HELLAL

 

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sans famille-
seulement l’ombre d’un platane
traverse la route

 

Corina ION

 

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Hier, je suis retournée dans la forêt

Pour voir si l’arbre où nous avions gravé

Notre amour à tout jamais

Etait toujours à la place resté.

De ses branches, il m’a enlacé,

De ses feuilles il m’a caressé.

Mais c’était pour mieux me cacher

Que son écorce avait effacé

La preuve de notre amour passé

Ne laissant plus place qu’aux regrets

 

Guilaine LEFEBVRE

 

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Erable à deux tons

Un côté vert – l’autre jaune –

L’ombre uniforme

 

Janelle LIETTE

 

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Souffler n’est pas jouer

Dit au vent l’arbre

En se déracinant

 

Liska

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Ecoute la cloche du soir

Ecoute la cloche du soir…
Perchés sur ses branches nous dormions souvent,
Quand nous étions petits, bien qu’il ne fût pas grand.

Enraciné, bienveillant, sur sa montagne,
Il nous voyait venir de loin
Chaque été, de son pays de cocagne
Nous explorions chaque recoin.

Nous enlacions son tronc rugueux de paysan
Et, piquante d’aiguilles, sa joue sous nos baisers
Nous faisait crier : « Grand-père, faut te raser ! ».
Cet arbre avait aussi bercé maman.

Mais écoute la cloche du soir ;
Ecoute la cloche du soir, mon frère,
Car c’est elle qui nous dit la mort de Grand-père.

Melinda LOPEZ

 

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L’arbre

 

Penché sur la rivière,

Il les voyait partir, légers, vers l’autre rive

Et une étrange peine faisait trembler les branches.

Pourtant, ses vieux printemps s’habillaient de lumière

Quand aux jeunes amants il offrait son ombrage,

Sous la course des nuages, il n’avait point de hâte,

Abritant le poète et le nid des oiseaux.

O comme il savait attendre le retour du blessé

Et pour les sans patrie dessiner dans le ciel

La plus haute prière !

 

Il est mort foudroyé

Un matin de juillet.

O écoutez dans l’ombre

Le doux frisson de l’arbre !

 

Agnès MARIN

 

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Saison tropicale
Se raconter les légendes
Autour d'un baobab

 

Théophane MBOGUE

 

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Nous n’irons plus...

 

J’ai perdu mon arbre

mon plus bel ami

celui du bout de la rue

pour le vert d’une grue

plus haute qu’un arbre.

Sans un seul nid.

 

Flèche figée là…

Qui me dira encore

l’adresse du vent

et des oiseaux éparpillés

à la dérive…

dans ce ciel blessé.

 

Nous n’irons plus au bois…

Au pied de la bétonnière,

le flamboyant tronçonné

racines en l’air.

 

Monique MÉRABET

 

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La complainte de l’Arbre

 

Spectateur immobile

D’un monde en mouvement,

A mes pieds défilent,

Les hommes et le temps.

 

Dans mon cœur est cachée

L’histoire universelle,

Sur mon tronc sont gravés

Les cœurs des jouvencelles.

 

Eternel ! et pourtant si fragile,

Une main, une scie,

Un prétexte futile

Ma vie sera finie.

 

Ô humain éphémère !

Pense un peu à demain,

Tes outrages à la Terre

Le rendent incertain.

 

Martine MERCADIER

 

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Bonbon des Vosges

 

La sève de pin sur mon palais

Convie le domaine des forêts

Un bonbon au miel résineux

Éveille un souvenir délicieux

 

Des galets picotent mes pieds

Je suis le cours d’une rivière

A la lisière d’une forêt

De pins aux lignes singulières

 

Cimes aux formes arrondies

Chatoiement infini des pierres

Murmures et légendes enfouis

Dans le bruissement des fougères

 

Les hauts arbres de la forêt

Célèbrent la beauté de la terre

Les troncs dispersent la lumière

D'un ruissellement d'éternité

 

Dominique MERCIER

 

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Le figuier

 

Tout en haut de La Gaude dans un jardin charmant

Se dresse un vieux figuier dont on ne sait pas l’âge,

On l’a toujours vu là, les anciens du village

Prétendent volontiers qu’il a plus de cent ans.

 

Il est beau, il est grand, c’est un vrai monument,

Ses branches étalées et son épais feuillage

Font la curiosité de tout le voisinage

Rien n’a jamais gêné son développement,

 

Son tronc large et puissant écarte les rivaux,

Ses racines tordues, entrelacées, rampantes,

S’insinuent en forçant la muraille attenante

Puis s’enfoncent profond, avides d’un peu d’eau.

 

On mange, on trinque, on chante sous cet arbre accueillant :

Au début du printemps quand renaît la nature,

Mais aussi à l’automne quand les figues sont mûres…

Ce figuier vénérable, qu’il vive encore longtemps !

 

Vincent MUSCIANISI

 

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Mon arbre

 

Je n'ai rien oublié de ces instants heureux,

Quand j'unissais mes bras à ton tronc vigoureux.

Au pied de tes racines, à l'ombre de ton corps,

Je m'allongeais souvent, puisant du réconfort.

 

Je n'ai rien oublié de ces tristes dimanches,

Quand j'écoutais le vent s'engouffrer dans tes branches.

J'écrasais mes deux joues contre ta tendre écorce

Et je m'abandonnais, malheureuse et sans force.

 

Je n'ai rien oublié... Aujourd'hui je caresse

La mousse de ton pied, par le temps piétinée,

Je sens tout ton amour, ton infinie tendresse

Mon chêne merveilleux, à l'humble destinée.

 

Et malgré les tempêtes au souffle rugissant

Sur des cieux assombris, hostiles et menaçants,

Tu restes invulnérable et ton squelette sombre,

Aux griffes dénudées, déchire la pénombre.

 

Marie Rose PAOLI

 

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A fleur d'écorce

 

A fleur d'écorce affleure la peau

Le toucher doux d'un arbre nu

 

Lui mon miroir et moi sa sœur

Curieux reflet de nos essences

 

Suis-je dentelle ou est-ce toi?

Es-tu la soie ou moi le bois?

 

Dans nos natures un tronc commun

De formes pleines à effeuiller

 

Ainsi soit-elle de la dentelle

Ainsi fut-il rugueux pistil

 

Que l'on s'étreigne et s'émerveille

D'une caresse à peau boisée

 

Marc PERNET

 

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Filiation

Tu n'as pas étendu
de branches caressantes
au-dessus de ma tête :
- Tu ne le pouvais pas.

 

Tu n'as pas soutenu

mes racines légères

s'arrimant dans la terre :
- Toi, tu n'en avais pas.

 

J'ai poussé solitaire,

étranger à ton bois,

éperdu de lumière,

le tronc tourné vers toi…

 

Les années ont passé,

ton  fruit s'est transformé…

Vois ses feuilles bruissantes

paillant ton faible pied !

 

Michèle Pettazzoni

 

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U
ne forêt d’argent boisée

Chaque nuit vient me hanter

Mais j’ai beau semer, semer

Jamais rien ne veut germer

Désespérée j’ai poussé

La porte de mon banquier

C’est le seul jardinier

Qui ait su en récolter

M’en a offert un bouquet

Je l’ai planté en secret

Espérant pouvoir cueillir

Des billets dans l’avenir

Mais de matin en matin

Que croyez-vous qu’il advînt ?

Les arbres étaient argentés

Seulement par la rosée

 

Chantal PICAUT

 

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L'arbre

Qui es-tu toi
Qui es dur de la feuille ?
Je suis l'Arbre !
Un arbre qui ne cache
Hélas plus la forêt !
Je suis devenu la forêt

 

André RECOUPÉ

 

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S
i tu n’as pas de faim
Pour le fruit que je donne
Si tu fuis le jardin
Où mon ombre foisonne
Si la pluie que je chante
Succombe aux écouteurs
Aujourd’hui, seules plantes
Au désert de ton cœur
Alors, dis-moi comment
Mes feuilles et mon écorce
Diront à tes enfants
Le secret de ma force
Je ne  serai pour eux
Qu’allumette à craquer
Bien triste part du feu
Pour avoir éclairé

Marie ROUGEMONT

 

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Le vent chatouille

Les grands arbres qui rigolent

A feuilles déployées

 

Patrick SOMPROU

 

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Vieux dans le coma –

une étoile scintille

dans un arbre sec

 

Eduard TARA

 

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L’arbre à poèmes

 

Et si les arbres étaient porteurs de poèmes…

On pourrait escalader leurs branches

Aller cueillir leurs fruits quelle que soit la saison

Sur chaque feuille tombée, dans chaque nid construit,

Gravés sur leur écorce, les vers fleuriraient

 

Et si les arbres étaient porteurs de poèmes…

Qu’ils soient ifs, chênes, saules ou bouleaux

On leur rendrait hommage, on les remercierait

Afin qu’ils nous pardonnent chaque coup de cognée

Et ces grands feux de joie au jour de la Saint Jean

 

Et si les arbres étaient porteurs de poèmes…

On s’y connecterait, on les enlacerait,

Et l’on pourrait y voir à travers leur écorce centenaire

L’empreinte du poète

Protégeant tendrement la nature et la vie

 

Marie-Christine THELLIER

 

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Guernikako arbola

 

Chêne bicentenaire, au milieu de la place,

Fidèle était mon père, au temps et à l’espace.

Il abrita longtemps, les amours autochtones,

N’ignorant pas le temps où il servit le trône.

Les gamins villageois y grimpaient sans pudeur,

Les ancêtres et les rois y rendaient leurs honneurs.

 

Mon père a tant souffert, en ce beau jour d’avril,

Il a vécu l’enfer. Aigles noirs sur la ville.

Les enfants et adultes, crèvent comme des chiens,

La Condor exulte, il ne reste plus rien.

Ils ont brûlé son corps, mais n’ont pas eu son cœur,

Rejeton qu’on adore, je pousse sans rancœur,

 

Ni tambour ni rancune, ni trompette non plus,

De vengeance aucune, ce temps est révolu.

Héritier glorieux, jeune pousse triomphante,

Nous voilà victorieux, c’est la paix que j’enfante.

 

Isabelle THOMAS

 

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Après l’orage d’août –
la lumière du coucher
sur les feuilles de peuplier 

 

Maria TIRENESCU

 

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Les oliviers

 

Foule des oliviers, vieux arbres tutélaires,

Tendez vous vers le ciel vos longs bras tourmentés

Comme des suppliants sous les murs des cités,

Pour implorer la paix depuis des millénaires ?

 

Antiques oliviers, ô vieillards vénérables,

Vos pieds enracinés dans le sol rouge et sec,

Comme le paysan romain, crétois ou grec,

 Puisent-ils la sagesse en ces terres instables ?

 

Bienheureux oliviers, vrais enfants de lumière,

Dont la cime mystique au feuillage bleuté

Se mélange à l’azur d’un éternel été,

Quels sont les mots secrets de votre humble prière ?

 

Peuple des oliviers, le voyage immobile

Que vous accomplissez depuis la nuit des temps

Fascinera toujours l’éphémère habitant

perpétuel agité – de l’orgueilleuse ville.

 

Cecilia TRIVELLI

 

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pour devenir un arbre

placez très haut les bras

au-dessus de votre tête

étirez votre silhouette

jusque dans les nuages

 

et vous sentirez bientôt

le vert feuillage

doucement caresser votre visage

peu à peu votre peau

et même vos os

 

se mueront en bois

de l’arbre de votre choix

et à la belle saison

vos branches se pareront

des fruits de votre déraison

 

Françoise Urban-MenningeR

 

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Les saisons de l’arbre

 

Quand changent les saisons, je suis proche de l’arbre

Lorsque sève et bourgeons le réveillent au printemps

Le souffle de Zéphyr qui me laissait de marbre

Vient faire frissonner ma peau le caressant

 

L’été c’est la saison de toutes les conquêtes

Ivre du bleu du ciel, on a le cœur qui bat

Superbe, fort et prêt à braver les tempêtes

Ce géant fanfaron, ce pourrait être moi

 

Bientôt viendra l’automne aux couleurs chatoyantes

Les fruits auront doré au soleil généreux

Mais malgré la beauté, la récolte abondante

A chaque feuille perdue je meurs aussi un peu

 

Je redoute l’hiver et ses incertitudes

Que cachent ce silence, ces branches dénudées ?

N’est-ce qu’un long sommeil, une simple habitude ?

On n’est jamais certain qu’on va ressusciter.

 

Claudine WALTER-DUMEUNIER

 

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L’arbre qui chantait au vent

 

Dans une vallée heureuse, et  oubliée du monde,

Vivait un très vieil arbre, auguste et solitaire,

On venait pour le voir,  de partout à la ronde,

Au creux de son feuillage, se cachaient des mystères.

 

Depuis la nuit des temps, bien avant la mémoire,

Des hommes et femmes debout, il écoutait les pas,

Au carrefour des chemins, il écrivait l’histoire,

Même la rapide foudre, jamais ne le brûla.

 

Toute la gent ailée, venait y converser,

Et raconter du monde, les gloires et les folies,

Lui alors écoutait, et semblant les bercer,

Dans sa mémoire immense, pas un mot ne s’oublie.

 

Mais un jour plus de chants, plus de bruit, de murmures,

Les hommes étaient venus, pillant, détruisant tout,

Une route goudronnée fut sa seule sépulture,

Le progrès est en marche, ne faisons pas la moue.

 

Y. ZERININI

 

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