30 Rencontres avec "La main"


Sous les yeux du feuillage

d’ombre et de lumière

rythmé par le vent

 

son regard se résigne

à la poussière de ses pas

sur le chemin

 

Il suffirait d’une main

sur son épaule

de l’appeler par son nom

 

Il suffirait de si peu

pour lever ses paupières

à la lumière

 

Fabienne ALLIOT
__________________________

Ligne de vie des contes d’aujourd’hui

 

Non, jamais je ne décrocherai la lunule

Car un it-bag au doigt vaut mieux qu’un anneau d’or.

Chaque serment s’annule, un vieux serpent circule :

J’ai l’humeur baladeuse aux allées de poings morts.

 

J’ai décidé de tout jouer en je majeur.

L’art de croquer la paume est pour les maladroits.

Ils s’en mordront les os à défaut de leur cœur.

Moi, je n’obéis pas. Ni à l’œil ni au droit.

 

Je mets des gants, de boxe, avec délicatesse,

Pour l’éclipse annulaire, écoute un peu ma voix :

Je suis un être humain, je ne suis pas princesse ;

Ma main, j’en ai besoin, ne la demande pas.

 

Evelyne AndrÉ-Guidici
_____________________________________________


Double vie

 

Ce ne sont pas des mains d’artiste

Aux longs doigts fins et élégants

Comme celles d’un pianiste

Ou d’un auteur de beaux romans.

 

Ce sont des mains de travailleur,

Des mains forgées à la besogne,

Des mains qui donnent le meilleur

Et se dépensent sans vergogne.

 

Elles en ont taillé des vignes !

Elles en ont fait des moissons,

Cueilli des pommes et des guignes

Et même construit des maisons !

 

Mais par magie quand vient le soir,

Elles deviennent concertistes

Pour chanter la vie et l’espoir

Les mains de mon cher guitariste !

 

Marie-Antoinette ANDRÉS
_______________________________


Ta main  La mienne

 

Pose ta main sur ma paume... Attention !

Mains qui claquent,

c’est toi ou moi...

Mains qui dansent

c’est moi et toi.

 

Mets ta main ta petite main

ta main sur la mienne

le temps d’un regard...

Attention, je claque et je t’attrape :

toi mienne !

 

La musique naît entre nos mains

et dans nos yeux

le monde aussi...

Je ne te lâcherai plus.

isabel ASÚNSOLO
___________________________________

La sale main

 

Le chancelier du Reich, en gare de Montoire,

Fait rendre les honneurs d’un peloton germain

Au Maréchal qui plie et lui donne  la main.

« Ce geste, j’en  réponds !  dit-il, devant l’Histoire ».

 

A Londres au micro, de sa fougue oratoire,

Un général rebelle oblige le destin.

Avec flamme, il appelle au combat clandestin.

La France n’est pas seule, il prédit la Victoire.

 

A la croix de Lorraine on verse alors un V

Partout, jaillit ce signe : index, majeur levés ; 

Code : • (point) • (point) • (point) — (trait), morse de symphonie.

 

Des résistants luttant sans l’appui des renforts

Lavent la nation de son ignominie.

Contre la sale main, deux doigts furent plus forts.

 

Pierre BERNARD
_________________________________________________________

Ce gant

 

Ce gant veuf d’une main hâtivement serrée

enfilé sur le plot d’une avenue glacée

posé amoureusement sur un banc printanier

chu à terre

jaune, rouge, vert

de laine, de soie ou de velours

nous montrant quel chemin

nous lançant quel adieu

nous adressant quel signe ?

nous forçant à nous baisser

le ramasser

coiffer rebord ou appui de fenêtre

de la forme-désir

d’une main à connaître

 

Marie-Claire CALMUS
__________________________________

Wargame

 

L’index fusil pointé

fût le premier visé.

L’annulaire bagué

En cage est prisonnier.

Le p’tit auriculaire

a disparu en terre

En auto-stop le pouce

a déserté en douce.

 

Des cinq doigts de la main

il n’en reste plus qu’un :

Le grand et beau majeur
Adulte fossoyeur.

Christian CAUGANT
_______________________


Ballet

Arabesques, virgules,
Gestes courbes, pleins et déliés,
Ma main a dansé.

Dominique CHOUART
____________________________

chiromancie -

dans la main du mendiant

une luciole

 

Cezar-Florin CiobIcA
___________________________

La main qui termine mon bras commence

Et trace au bout de mes doigts

Cette ligne d’horizon

Qui me parle de toi,

Eternellement.

 

Hiéroglyphes calligraphie coloriée du ciel

Pinceaux de lumière oiseaux de soleil,

Ecrivant ton nom.

 

– Une ligne de fuite ? – Non.

Sur le filigrane de ton visage

Où s’esquissent les ailes du paysage

D’un coup de main que tu aimantes

Le dessin sans cesse se recommence…

 

Murielle COMPÈRE-DEMARCY

_______________________________

La main

 

Je revins un matin, le cœur en charpie

Après des nuits de vin, de pleurs et d’envies

Noyé par le chagrin et par l’eau de vie

Je guettai une main, l’issue, un sursis

 

Celle-ci s’est tendue, m’éloignant du bruit

Elle m’a soutenu, de jour et de nuit

Peu à peu j’ai vaincu, démons et malins

Ces monstres inconnus, aux tristes desseins

 

Maintenant je revis, je souris et prie

Les deux yeux grands ouverts, sur la mer, la terre

Je connais un chemin, le bon train, sa fin

 

J’avance d’un bon pas, paisible et serein

Pourtant il me reste un regret ce matin

J’aurais tant aimé remercier cette main.

 

Dominique CORBILLET
________________________________________


a
h n'être qu'argile

malléable entre ses mains

sous ses yeux de braise

 

Diane DESCÔTEAUX
____________________

 

Tu n’as pas de mains… !

 

Tête entre les mains, cœur au bord des lèvres,

Laisser remonter le passé refoulé.

 

Mère poule, mère cage, mère dépassée, effondrée,

Trop de poussins, trop tôt, trop vite.

 

Poule en cage, épouse volage ;

Poule blessée, ailes brisées.

 

Mains en porte-voix, appeler, hurler à l’absente,

Main sur le front, scruter l’horizon,

Mains tendues, ouvrir mon cœur,

Mains jointes, prier fort.

 

Maman poule, avec tes ailes,

Tu n’as jamais pu nous porter.

 

Qu’as-tu fait de tes mains ?

 

Sylvie DELÉPINE
_________________________________________


Ma main est une plume sur le velours de ta joue

pour chasser le flot de tes larmes

 

Ma main est une source déferlant sur ton front

pour calmer le feu de ta fièvre

 

Ma main est un refuge au-dessus de ta tête

pour l’abriter face à tes craintes

 

Ma main est un soleil au seuil de ton chemin

pour que scintillent toutes tes joies

 

Ma main est une boussole à la lisière de tes matins

pour t’offrir de beaux lendemains

 

Ma main est un oiseau qui plane dans tes rêves

pour t’entraîner vers d’autres ailleurs

 

Ainsi va ta main blottie contre la mienne

comme la vague sous la brise

 

Ainsi est sereine ma main guidant la tienne

telle une passeuse d’amour et de serments

 

Katherine DILON
_____________________________________

Un baisemain

 

Avec le temps la vie s'écoule

et retient parfois dans son lit

le galet satiné d'un souvenir

 

Je me souviens de ce jour où

la main que j'allongeais vers toi

présageait l'étreinte selon l'usage

 

Au mépris de toute étiquette

élégamment tu t'es penché

en un mouvement souple et suranné

 

Et tu as effleuré ma main

Hommage d'un autrefois désuet

nimbé d'un charme imprévu et magique

 

Las ! Mon cœur piètre funambule

a perdu tout bel équilibre

sur le fil doré de ce baisemain

 

Denise Doderisse

__________________________________

Touche-moi
Que tes mains
Me dessinent
Cent mille papillons
Quelques griffes de sorcière
Un torrent de lumière
Les ailes d’un avion
Tes mains
Comme des serres
Encore
Encore
Encore
Touche-moi
Plus fort

Béatrice Douillet
_________________________

Jeux de mains

 

Nous nous sommes connus sur les bancs du lycée

Et l’amour nous marqua bientôt de son empreinte.

Ensemble nous marchions, les doigts entrelacés,

Quand tu serrais ma main, je te rendais l’étreinte.

 

Puis arriva le jour où, couchés sur la mousse

J’ai ignoré ta voix qui me disait « Sois sage »

Et ma main a défait, sans que tu la repousses

Les petits boutons blancs qui fermaient ton corsage.

 

On a fait, pour la noce, une fête joyeuse

Et, à ta main, j’ai pu glisser l’anneau d’amour,

Affirmant mon désir que ta vie soit heureuse

Et jurant d’y veiller jusqu’à mon dernier jour.

 

Je sais bien qu’il faudra qu’un de nous disparaisse

Que l’autre, de sa main, lui fermera les yeux

Celui qui restera connaîtra la détresse,

Que ce ne soit pas moi, lâchement, j’en prie Dieu.

 

Lucien DURAND
______________________________________

Supplique

 

Au-delà de ses yeux,

Pleurants, désespérés,


J’ai senti sur ma peau


Sa main me supplier.

 

Et ce toucher soyeux,

Douceur inespérée,

Bien plus fort que des mots

Mon cœur a fait plier.

 

Paul  FOURNIER
_____________________

Dernière neige,

Ma main sur ta main blanche

Le soleil couchant.

Claire FRICKERT
______________________


une coccinelle
immobile sur ma main -
fourmis dans les doigts 

Damien Gabriels
_________________

Main amie, amante

La main comme au premier jour,

La main, caresse de  l’amour,

Je te cherche main amie, amante.

Je te trouve.

Je te trahis.

Peur  d’être griffé, peur d’être défiguré,

Peur de l’autre, peur de moi.

J’en suis presque mort.

Je te cherche main amie, amante.

Comme au premier jour.

Je te devine,

Sur mon chemin.

Ta main toujours ta main.

Mirage en équilibre,

Sur le rebord de mon être

En mille morceaux.

 

Régine GARCIA
___________________________________

La main

 

C’était un brave type, il avait le cœur sur la main,

Au service de la main-d’œuvre

Il trouva une main tendue

Sur laquelle il eut rapidement main mise.

 

Mais en voulant prêter main forte

Il n’y alla pas de main morte,

Et déposa plainte sur une main courante

Contre le mec qui avait mis la main au panier,

D’une pianiste, technicienne du quatre mains.

 

Il avait beau avoir la main verte,

Le tribunal refusa la main levée.

 

Après qu’il eut fait main basse sur une main de Fatma

Sans doute récupérée dans un sac à main,

Il partit mettre la main à la pâte dans une cuisine de Cancun,

Et en profita pour adopter un superbe Main(e) Coon

C’est alors, que de main de maître, il prit en main son destin.

 

Marie-José GENIER
_________________________________________________

Mes deux mains

 

Mes deux mains un peu courtes certes et larges

Donc à claques

Mais aux doigts agiles fermement élastiques finement sensitifs

De fameuses mains de masseur

Palpeuses pétrisseuses épouseuses sensuelles de contours

Dispensatrices de délices exécutrices fidèles de désirs

Et de mes pensées aussi.

 

Deux mains d’écrivain ?

Pour moi qui n’ai rien produit encor

Deux mains tricoteuses de demains qui chantent.

 

Alain GRIVOIS
__________________________________________________


Les mains du pianiste

 

Sur la scène du clavier

Violemment illuminé

Elles vont et viennent

Dessinent dans l’espace des figures abstraites

Pas de deux de ballerines aériennes

En entrechats et entrelacs compliqués

Elles frôlent le clavier folles hirondelles

S’arrêtent soudain félins à l’affût

Pour retomber brutales sur leur proie musicale

Version staccato d’un pivert obstiné

Puis douces et caressantes

Font surgir soupirs volupté plaisir

Pour enfin disparaître

Fantômes diaphanes

Dans les coulisses de l’instrument

 

Bernard JARDINÉ
_____________________________________


Sur la main de mon amour ancienne

        A la manière de Théophile Gautier

 

Je me souviendrai de ta main

Comme d’une sculpture antique,

Œuvre d’un maître surhumain

Au style pur, fier et classique.

 

Pareille aux marbres ancestraux

Que veine un bleu si remarquable,

Elle a des tons pâles et beaux,

Où la blancheur luit, véritable.

 

Ses doigts nobles presqu’affectés,

Fins comme ceux des Aphrodites,

Doux comme ceux des favorites,

De l’Idéal sont imités.

 

Mais, dans le creux des lignes roses

De sa paume, livre indiscret,

Je ne lis que de tristes choses,

Dédain de l’amour inquiet.

 

Matthieu LANGLOIS   
__________________________________            

Endiablés sont nos nuits
De midi à minuit
Sans cesse je pense à toi,
A tes tiges sensuelles
Tes doigts flirtant sur moi.

Tu me mets en émoi
Je ne pense plus que par elle.

Azaria MARTINEZ 
________________________

Laisse ta main...

 

Laisse ta main écrire

Tous ces mots interdits,

Qu’ils t’empêchent de dire,

Grave-les dans la nuit.

 

Laisse ta main couvrir

De couleurs, le vélin

Peintures  souvenirs

Pour qu’ils sachent, demain.

 

Laisse ta main donner

Et ton eau, et ton pain

Ces miettes partagées

Eloigneront leurs fins.

 

Laisse ta main se joindre

A tous ces poings levés,

Un geste pour  voir poindre

Un espoir : LIBERTÉ 

 

Martine Mercadier
___________________

La main

 

C’est d’abord la menotte attendrissante et belle

Du tout petit enfant, que l’on prend dans la sienne

Pour un bout de chemin sans doute temporel

Mais qui en cet instant rend la vie magicienne.

 

C’est la main demandée, cette fois pour la vie,

Où brille l’anneau d’or, promesse d’espérance,

De moments partagés et d’amour assouvi,

Bienheureuse période de joie et de confiance.

 

Puis c’est la main ridée qui bien souventefois

A aimé, a souffert, consolé, dorloté,

Celle que l’on va baiser pour la dernière fois,

Qu’on enferme à jamais, et pour l’éternité…

 

Madeleine MONNET

________________________________________

De main en main

 

Les mains légères du pianiste

Semblent effleurer le clavier ;

Les doigts précis, sûrs, de l’artiste

Alignent les sons sans dévier.

 

La main que l’on met à la pâte

N’est plus celle du boulanger ;

C’est à peine si son doigt tâte

Ce qu’un pétrin sait mélanger.

 

Lever la main par malveillance

Ou pour régler un désaccord,

Entraîne en retour la vengeance :

Dans ce cas-là, les mains ont tort.

 

Garde, ô poète, la main libre ;

Ne perds pas le sens de l’humain !

Pour conserver ton équilibre,

De temps en temps, passe la main…

 

Jean NICOLAS
_____________________________

Les mains du penseur

 

Disponible, une main

telle une aile ouverte

est légère et libre

et l’autre soutient

la pesante tête

scrutant les abysses

du Penseur de Rodin.

 

Brigitte PELLAT
___________________

Des mains et des liens

 

Quand je suis né un beau matin

des mains m’ont aidé à sortir

du ventre chaud où le destin

place les êtres à venir.

 

De ces deux mains je ne sais rien

hors de portée des souvenirs

nu au monde d’un tour de main

digne du vœu d’un magicien.

 

Etaient-elles jeunes ou vieilles

mains inconnues guettant l’éveil ?

Auront-elles coupé tant de liens

que fatiguées elles reposent

 

où d’ultimes mains les déposent

quand le cordon de vie s’éteint …

 

Michèle PETTAZZONI

_________________________

Au bout de ma plume

Défiant la brume

J'écrivais sans cesse

Mes plus grandes tristesses

 

Je touchais aussi

Nuages, paradis

Textures délicieuses

Mes mains envieuses

 

Toucher, malaxer

Prendre, tripoter

Tenir, attraper

Ecrire et rêver, ...

 

Les mains me permettent

Une vie libre et guillerette

Car tout au bout de ma plume

Libre, j'avance dans la brume.

 

Vincent Peyronnet

________________________

La main

 

J’ai beau regarder mes dix doigts, aucun n’est vilain.

Quand je leur dis, allez, on remet tout à demain.

J’en vois qui se tournent aussitôt les pouces, les malins !

La moitié d’entre eux est gauche.

Cela ne veut pas dire qu’ils sont maladroits.

Quand il faut mettre la main à la pâte,

ils sont tous volontaires.

Il y en a un dans la bande qui se la pète,

c’est l’annulaire.
Il se prend pour le seigneur des anneaux !

André RECOUPÉ
____________________________________________


Précieuse main

 

A la main qui console,

Et qui œuvre en silence,

Quand d’absentes paroles,

Lui offrent tant de sens…

 

Lentement, dans l’espace, dansant au gré des signes,

Attentive, élégante, la main vient dessiner,

 

Mimant, pleine d’espoir, des symboles insignes,

Autant de mots traduits, du fond de nos pensées….

Inquiet, tu es songeur, si tu ne m’entends pas;

N’attriste pas ton cœur, la main parle pour toi……

 

Monique Renault
______________________________________________


Le modèle

 

Oui… mes mains ont sculpté,

En toute volupté…

Une œuvre personnelle aux formes attractives.

Et… goûtant ce contact, savoureux et soyeux,

Elles jouirent ainsi des chemins délicieux

D’un joli corps offert dans des poses lascives.

 

Oui… mes mains ont connu, de ce modèle nu,

Le grain si délicieux d’une courbe de hanche,

Le parcours enivrant d’une chute de reins,

D’autres galbes secrets que je tais à dessein

D’un divin parangon sur lequel je me penche.

 

Oui… mes mains ont vaincu, ce rêve tant vécu,

D’une antique Vénus, aux formes idéales,

Le chef d’œuvre parfait dont je n’osais rêver !…

Et sur un piédestal, je vais donc l’élever

Afin d’éterniser cette œuvre sculpturale

 

Michel RIGOLL
_____________________________________

 

Je, demain ; jeu de mains …

 

Pour attraper le vent, j’ai ouvert grand les mains ;

Mais le vent a soufflé mes espoirs envolés.

 

Pour arrêter le temps, j’ai refermé les mains ;

Mais le temps a coulé, ma jeunesse est passée.

 

J’ai abrité la nuit au rideau de mes mains ;

Mes rêves sont partis au tout petit matin.

 

J’ai invité le jour en lui tendant les mains ;

Mais le jour s’est noyé sous un torrent de pluie.

 

J’ai façonné l’amour dans l’écrin de tes mains ;

Et s’y repose encore mon cœur comme un bijou.

 

Que deviendra demain ? Le « je » deviendra « nous »

Et le jeu de nos mains sera encore plus doux …

 

Mireille SALA-GIORDANO
_________________________________________


Poévie

 

Froides, douces, chaudes, expertes, baladeuses,

Vertes et calleuses, abîmées mais adroites,

Brûlantes ou glacées, fraîches ou bien moites

Pleines, soignées, fermes, fines et guérisseuses,

Courtes, longues, larges, épaisses mais jolies,

Et puis mains qui saisissent, mains jointes qui prient,

Vous êtes deux alliées pour une unique vie.

Et main qui tient l’outil, main nue et qui bénit,

Main encore qui pardonne ou main qui caresse,

Main qui salue, main généreuse qui écrit,

Ou cette main de fer ou celle que l’on presse,

Ou la main que l’on prend, puis celle que l’on baise,

Main que l’on demande et puis celle qu’on nous donne,

Main leste que pour finir on nous abandonne,

Ô main magique, c’est dans ta paume qu’à l’aise

En quelques lignes se conte toute une vie !

                                                    

Régine Seidel
___________________________________________

Tanka

 

La main noueuse

touche encore une lettre

de sa jeunesse –

 

dans le silence du crépuscule

cherchant tous les mots non dits

 

Eduard TARA
____________________________

Mains d’ange...mains de diable

 

Les mains qui dansent pour aimer

Qui dessinent des arcs-en-ciel de joie

Et essuient les larmes des êtres chéris

Les mains qui sèment blé, amour, espoir

Qui étreignent tendrement

Protègent

Portent un bébé

Ce sont elles-mêmes qui apprennent à tirer avec une arme

Sur un homme, une femme, un bébé

Qui dessinent férocement les lettres du mot TERREUR

Qui sèment maux, haine, désespoir

Qui étreignent pour mieux étrangler

Qui ravagent, saccagent et brûlent

Qui font disparaître villages, cités, et vies

 

Radhia Toumi
_______________________________________

 

La danseuse balinaise

 

Dans les espaces allègrement

Ses doigts tracent des arabesques

Et dessinent en virevoltant

D’étranges formes rocambolesques

 

Ses petites mains avec délice

Empreintes de délicatesse

Créent d’extravagantes esquisses

Teintées d’une noble allégresse

 

Les ongles fins de la danseuse

Tracent des estampes féériques

Avec une grâce enjôleuse

Teintée de parfum exotique

                                    

Je veux succomber à son charme

Etre esprit au creux de sa main

A ses pieds déposer les armes

Et m’étourdir jusqu’à demain…

 

Corinne Toupillier
_____________________________


main dans la main

 

un sécateur à la main

ma mère taille sans fin

les roses de l’horizon

dans sa paume arrondie

mon père trie les clous

qu’il plante à l’infini

grand-mère pétrit la pâte

et découpe au couteau

de longs rubans de nouilles

qui s’enroulent au fil du temps

grand-père porte sa main en visière

pour lire dans le ciel l’écriture des nuages

qui annoncent le retour de la pluie

main dans la main chacun tour à tour revient

dans cette ronde de lumière

où vivants et morts me parlent en silence

 

Françoise Urban-Menninger
__________________________________

L’empreinte d’une main

 

Je regardai ses yeux. Oh, comme ils étaient bleus !

Puis je lui pris la main. Oups ! comme elle était rêche.
Une main d’ouvrière avec des doigts calleux…
Et moi qui m’attendais à une peau de pêche.

 

Mais sa main dégageait une étrange chaleur,

De celle que libère une âme vigoureuse.

Là, le bleu de ses yeux prit de la profondeur

Et dans ses doigts courait une onde généreuse.

 

Elle n’était pas mienne, et même l’embrasser

Ne me fut pas donné. Mes lèvres sur sa joue

Ne peuvent rien en dire. Je ne peux que penser

A cette main de bure, une empreinte qui noue

 

Un lien sensible auquel le temps s’attaque en vain,

Même si aujourd’hui, longs sont les kilomètres

A parcourir pour juste lui serrer la main.

Mais ma main, dans le noir, pourrait la reconnaître.

 

Francis Vaquette

________________________________________

 

Douceur

 

Sur un coteau, la pastourelle

Emprunte, à l’orée du chemin,

Une poignée de chanterelles ;

J’entreprends un doux baisemain.

 

« Monsieur, n’y voyez point querelle

Mais, je me fiance demain ».

 

« Permettez donc qu’une aquarelle,

Vous esquisse en un tournemain ».

 

Sur l’if, chante une tourterelle,

La brise exhale le jasmin ;

J’orne son front de baies d’airelles,

Ses joues se colorent, carmin.

 

Nénuphars roses, sauterelles,

Se soucient peu du lendemain ;

Sur une blanche passerelle,

D’un doigt, elle effleure ma main …

 

Dominique ZÉDET
_____________________________




Pour commander cliquer ICI


email : info@lesadex.com